L’Éternité moins ton jour

Une flamme noire que le vent malmène.

Une robe noire un coup flip, un coup flap, sous des assauts venus du Nord et du Sud, de l’Ouest et de l’Est, d’un zéphyr sacrément versatile.

Un fantôme hurle et pénètre dans l’embouchure de sa propre voix : c’est un fantôme plus russe encore que la poupée, sous son plus petit filet court encore la puissance de l’Éternité.

Mais l’Éternité vacille en fin de journée, ses formes sous sa robe s’arrondissent en tout sens.

Le maquillage du clown se laisse emporter par les larmes de fatigue, les pleurs tout court. Au lendemain, le clown est redevenu clown, aussi neuf qu’un kopeck, aussi vieux qu’un euro, aussi rond que la plus plate monnaie.

La répétition des voitures fend équitablement l’asphalte et l’air : les péages comptent les points sans dévoiler le résultat.

N’est-ce pas un clown au péage ? Le coup flip. Ou un fantôme ? Le coup flap.

Sous les roues, les clowns ; sur leur visage, la gomme. Les couleurs du maquillage voyagent alors, s’effacent avec les kilomètres, et tout est noir à l’autre bout du monde, jusqu’au prochain lever de soleil.

L’Éternité tient à elle-même et à quelques paupières. Deux suffiront, qu’il ne faudra pas négliger d’ouvrir chaque matin. Car à quoi ressemblerait l’Éternité moins un jour ? Et à quoi ressemblerait ce jour ?

Chaque jour est ce jour, lorsque la flamme noire est au plus près et pénètre les narines, fantôme gazeux dans un fantôme fumeux nourri d’utopies dans lesquelles la vie hésite à rentrer, du fait de ses immenses dimensions ou des images infinies qu’elle inspire, comme toutes ces robes noires, autant de bougies disséminées sur les trottoirs, les arrières-cours, les squats de déraison, toutes ces robes noires qui prennent toutes la tangente à mesure qu’on les approche, sur des chemins aux bouts inatteignables, terminus de toutes les luttes alors qu’on les voudrait coincées dans une unique impasse, forcées à danser pour soi, seul fantôme.

La lutte commence toujours par un clown. On en rigole, puis on en désespère. L’orange de la substance entre ses doigts frémit de ta future félicité, tes lèvres de fantôme tremblent sur tes dents noires et rongées, « Non ! », dit un mauvais clown à l’intérieur de toi, « Ne dépense pas ta plate monnaie pour ce clown-là, il t’enferme dans ce même jour, jour après jour, et sera au péage suivant, il n’est qu’une entrave répétée entre la robe noire et toi, ouvre tes consciences derrière tes yeux, si devant chaque robe noire se trouve ce même clown, c’est qu’il te plume, t’enlève tes ailes, te rend fantôme fumeux ! Démarre, nom de Dieu, démarre et défonce son péage ! »

Voilà comment la bataille se solde parfois d’éclat contre le clown, en lui volant la substance orange, en écrasant sa sale gueule sous tes roues, en étalant sa substance rouge sur une portion de route jusqu’à une aire de repos où la flamme noire se produit enfin par la combustion de la substance orange, où la flamme noire obéit aux narines en s’y fourrant, fait retentir la musique d’un bal de robes noires, d’un coup flip, d’un coup flap, les robes te présentent leurs plus belles faces, celles où elles s’effacent par pudeur et te présentent ton propre cœur comme sur un plateau entre les mains d’un serveur, ton cœur palpite dans la ronde de robes noires, qui se resserrent, te font un collier de rondeur, le coup flip et le coup flap se succèdent sous quelques ordres haut placés, jusqu’au flip habituel, le clown au maquillage délavé par ton agression écarte le rideau noir de ta conscience, presse ta gueule encore vaporeuse contre la sienne sale et t’étale un peu des couleurs de sa sueur, rugit, te prodigue un coup de flap, un simple signal à un tas d’autres clowns vengeurs qui organisent une orgie de toi par des coups de flip et de flap, ta tête est une brique rouge parfaitement aplatie à toutes ses faces, ton corps un immeuble abandonné, les pieds dans un caniveau baignant dans une flaque nourrie par la pluie de clowns qui s’est abattue sur toi et égrène encore quelques gouttes, flip, flap, pour te signifier tout ce que tu es, toi, là, pas plus qu’une parenthèse à l’Éternité qui, sans toi, finalement ne serait tout de même pas, tu es cette fameuse flamme noire que le vent malmène pour entretenir l’Éternité, flip, flap, aussi bien qu’un fantôme qui ne peut abandonner déjà malgré les rigueurs des fins de journée, car c’est le sang de ces journées qui s’étale dans les flaques, leur canevas, de la même composition que tes larmes car tu as les paupières du monde, qui ne se réveillerait donc jamais sans toi.

Cet article a été publié dans 10. L'incurable infirmité du monde, Saison 6 (2020-2021). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour L’Éternité moins ton jour

  1. granmocassin dit :

    Ces coups de flip flap sont tout à fait flippants, surtout le final. Qu’est-ce qu’il prend sous ta plume acérée, le pauvre…

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  2. guidru dit :

    Se prendre un compliment parce qu’on malmène quelqu’un, la littérature a du bon !
    Comment vas-tu, granmocassin de mon coeur ?

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    • granmocassin dit :

      J’ai connu des jours meilleurs, un peu comme tout le monde en ce moment… J’aurais plaisir à échanger avec toi guidru l’unique.

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      • guidru dit :

        4 messages à nous 2, ça ressemble déjà à un échange, non ?
        C’est vrai que cette situation est difficilement tenable, absurde de tout côté. La seule chose qu’on nous préserve, c’est la possibilité de travailler. Voilà ma plus grande peine.

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  3. granmocassin dit :

    4 messages échangés sur 4 jours sur la page de commentaire du blog de l’ami Eric, oui, c’est un échange tout à fait dans l’air du temps.

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