Madame Cerbère

Se seraient-ils appelés Mme Serviette et M. Torchon qu’ils ne se seraient sans doute jamais mélangés. Lire la suite

Publié dans 05.4 Le masque en peau de crocodile | Laisser un commentaire

Couloir/anneau

Le couloir se rétrécit ou s’élargit au gré des circonstances, ou peut-être sont-ce les circonstances qui s’adaptent à ses dimensions. Lire la suite

Publié dans 06. L'immobilité d'une phrase qui attend | 3 commentaires

Le reste n’est que rock et littérature

La littérature et le rock se sont partagés ma carcasse. À croire que j’étais un rêve inatteignable à briser avant qu’il ne se réalise. Le bon goût de l’une hurlait aux fenêtres avec la rage de l’autre, des mots, oui, des mots aux intonations de vomi ; partout, dans les soirées, dans mes études, dans mes métiers, dans les rues, partout, dans les rues surtout. Lire la suite

Publié dans 05. Digressions | Laisser un commentaire

Jeu de fléchettes

Sa gaule naissante vira braquemart turgescent le temps de le dire, à la vitesse folle d’une flèche en plein vol, à tel point qu’on put presque distinguer en fin de course le bruit caractéristique d’une cible atteinte. Schtong ! Belelelele ! Lire la suite

Publié dans 04.2 Les doigts au fond des yeux | Laisser un commentaire

Comment conserver l’oseille.

Pour l’oseille bien fraîche garder sous l’oreiller,
Se prémunir de dire que l’on en possède.
Si quelqu’un vient et demande de l’aide,
Rappelez-lui qu’il faut suer et transpirer pour la gagner.
Même si certains l’ont par héritage ou sont de parfaits rentiers.
C’est une manière efficace pour les gêneurs éconduire.

Lire la suite
Publié dans Hors atelier | 2 commentaires

Escargot

Chaque réveil, en lieu et place de mon reflet dans le miroir, l’image d’un escargot tout cuit, refermé et indéfini. C’est celle que j’ai de moi.

Il s’agit de me constituer au plus vite une coquille, d’enfiler des lunettes plastifiées, un costard amidonné, afin de prêter des limites à mes cernes, à mon corps. Dès les premières réunions de la matinée, je me rétracte derrière un langage empesé. À cette heure, le seul remontant que je m’accorde, c’est la carafe de café, et pas plus d’une par heure. Dans tel état de faiblesse, il est de perfides collaborateurs qui n’hésitent pas à vous asséner les questions qui désarçonnent et vous font sentir au fond de vous la fragilité de vos infâmes corolles gélatineuses.

Lire la suite
Publié dans 03.1 Le servage | Laisser un commentaire

« Je » n’est plus

Elle se dit “je”, “je suis là, mes pieds, ma tête et tout le reste entre les deux” et se demande quand a-t-elle pu commencer à se dire “je”. Avant le “je” ce devait être différent avec ses pieds, sa tête et tout le reste. Un truc indéfini. Là sans être elle, sans “je”. La tête qui tourne ce devait être le monde extérieur qui tourne. Pas elle. Les pieds qui s’agitent devant les yeux ce devait être un spectacle fascinant, des pieds sans histoire commune avec elle.

Lire la suite
Publié dans 03. Sensibleries | Laisser un commentaire

La bête

Un bouclier de seins, de ventres, d’ongles coupés en pointe, de pieds arc-boutés, de poings serrés, de fronts durcis, de dents, beaucoup de dents, les siennes parmi les autres, une masse de femmes jeunes, vieilles, sans âge, musclées, sèches, rondes, fripées, trapues, bancales, élancées, campées, peaux sombre, petites, déformées, affaissées, peaux laiteuses, lisses, très grandes, cicatrices sur le ventre, poilues, cheveux courts, hanches saillantes, ongles rouges, tatouées, tignasses hirsutes, molaires en métal, chignons tressés, lèvres pulpées au botox, des rides, beaucoup de rides, autour des bouches grimaçantes, de rage, elle parmi les autres, faire masse, mur de chair et d’os, transpirer collée aux autres, gueuler et trouver la force dans le cri des autres, celui des gorges offertes à la morsure de la Bête.

Lire la suite
Publié dans Hors atelier | 2 commentaires

Plafond de verre

Longtemps je me suis couché de bonne heure, ayant trop peur de gâcher ces journées auxquelles je m’étais bien souvent éreinté à donner une certaine substance.

M’en expliquant un jour à un ami, celui-ci me confia qu’il avait toujours ressenti chez moi un trop grand respect pour mon plafond de verre personnel. « Comment veux-tu aller au-delà de tes journées si tu t’empêches ainsi d’aller au-delà de toi ? ».

Lire la suite
Publié dans 03. Sensibleries, Saison 6 (2020-2021) | Laisser un commentaire

Centaure

(contexte : la narratrice vit en colocation avec un centaure qui s’appelle Iul. Ils veulent devenir riches)

Allongé sur le tapis, Iul rejetait en boucle ses dés divinatoires de bois et de pierre ; j’avais appuyé ma tête contre son flanc, son flanc de cheval, pas sa hanche humaine, et je m’étais étendue à mon tour. J’avais posé la plante de mes pieds contre le mur, les jambes relevées et légèrement pliées, comme si je cherchais à le repousser et du même coup à agrandir la pièce. Nos corps formaient un angle à quatre vingt dix degrés.

Lire la suite
Publié dans 02. Le point aveugle, Saison 6 (2020-2021) | 2 commentaires