Le maquillage du siècle

Le colloque avait été organisé à grands frais, chapeauté par l’éminent professeur Veridis Ndiaye, financé par les plus grands labos nord-américains, européens et asiatiques. On y avait invité tous les principaux survivants recensés. La campagne de recherche avait duré plusieurs mois. Points communs de tous ces bonnes gens : ils avaient un système immunitaire indestructible.

Leur immunité était tellement adaptée et inviolable qu’ils étaient parvenus à combattre et expulser la maladie de leurs corps. En cela ils intéressaient grandement la science. On envisageait d’étudier en détail toutes les séquences de leur ADN, de croiser les données, de faire chauffer les algorithmes afin de faire émerger le point commun, le nectar lymphocytaire, la suite magique d’acides aminés. Le résultat vaudrait de l’or.

Il y avait là le premier malade français de la variole du singe, un asymptomatique notoire qui avait éradiqué le virus en deux semaines, une survivante britannique de la maladie de la vache folle (maladie qu’elle avait contracté dans les années 90, puis qu’elle avait traîné plus d’une décennie, mais sans que son cerveau ne subisse la moindre altération). On retrouvait aussi un covidé chinois mordu par une chauve-souris et toujours debout, une albanaise ayant vaincu la grippe aviaire, un ukrainien survivant de la varicelle du porc, une américaine à peine effarouchée par la scarlatine du rhinocéros, un médecin péruvien au contact de milliers de patients atteints de la bronchiolite du poney Shetland sans que lui-même en soit infecté une seule fois, un Canadien remis de la rubéole du Bombyx du mûrier, un suédois sorti indemne de l’épidémie de coqueluche du caribou, une marocaine totalement immunisée contre la rougeole du chameau, un japonais qui avait contracté la roséole de la grue cendrée sans présenter aucune éruption cutanée, une Cubaine ayant incubé la tuberculose de l’espadon pendant 80 jours sans déclarer la maladie, une Irlandaise rousse qui avait traversé la pandémie d’acrodermite papuleuse du moustique Tigre du Bengale sans émettre aucune rougeur, un Inuit septuagénaire bon pied bon œil après une mononucléose du pingouin. Bref que du beau monde.

« Vous êtes la crème de l’humanité », lança le Professeur Veridis Ndiaye dans un (long) discours introductif .

Le colloque dura trois jours durant lesquels les survivants au virus les plus puissants auxquels l’humanité dû faire face durant sa (courte) histoire, furent palpés, auscultés, mesurés et bien entendu prélevés. Le précieux liquide sanguin de ces hommes et de ces femmes valait à lui seuls tous les millions dépensés pour organiser cet évènement (argent passé dans les frais de transport et d’hébergement, mais aussi dans le buffet, qui était vraiment digne de l’évènement).

Sachez toutefois que les résultats de ses tests ne furent pas communiqués à l’humanité, ni même échangés entre collègues universitaires et chercheurs. Il y eut bien une publication à la fin du Colloque et même dans diverses revues scientifiques de prestiges, mais tous les chiffres, tous les séquençages ADN, tous les résultats des formules d’algorithme, tout, absolument tout, fut falsifié, maquillé.

Ce que le grand public ne sait pas, dans sa grande naïveté orchestrée par le concert des puissants et des nations, c’est que l’objet de ce colloque n’était même pas d’obtenir de précieux résultats, de faire progresser la science épidémiologiste ou de préparer je ne sais quel vaccin pour le futur. Non, rien de tout cela. Tout cela ne fut orchestré que dans un seul but : introduire et vérifier la puissance du dernier virus mis au point par des scientifiques Russes : j’ai nommé l’impetigo du zèbre.

J’affirme, preuve à l’appui, que c’est à ce moment et en ce lieu, que les premiers humains furent touchés par le virulent virus (vous vous souvenez du buffet?). On sait ensuite comment il se diffusa comme une traînée de poudre au reste du monde.

L’infection de la couche supérieure de l’épiderme n’était pas le seul fléau de la maladie, elle touchait aussi le derme et plus encore l’hypoderme, de là elle s’insinuait au travers des vaisseaux sanguins et filait tout droit infecter le cœur et le cerveau. Vous commenciez par voir le monde en noir et blanc, puis subitement vous perdiez toute notion de bien et de mal. Poussée de fièvre, vomissements, tout cela n’était que le commencement. Ensuite, saisis de tremblements, les yeux injectés et exorbités, les infectés étaient atteints de palpitations et d’agitations de toute sorte, si bien qu’ils quittaient leur chambre en proie à d’atroces visions intérieures et déambulaient dans toute les villes et campagnes sans pouvoir aucunement refreiner leurs (nombreuses) pulsions morbides. Ce furent les foules immenses de zombie que l’on vit errer à travers le monde, le déferlement de violences qui s’en suivit et la diminution drastique de notre population terrestre. Tout cela bien entendu était voulu, prémédité, et débuta au sein de ce colloque, qui ne fut qu’un affreux subterfuge et le lieu d’un véritable attentat épidémique. Ceux-là même qui avait commandité cette opération possédaient bien entendu l’antidote. Malheureusement pour eux, ils avaient mal anticipé les débordements des pauvres agités contaminés et beaucoup périrent sous les coups et les griffes de ces pauvres malheureux en pleine confusion. Il en est toujours ainsi dans l’histoire (agitée autant qu’édifiante) de notre Humanité : on récolte ce que l’on sème, les masques finissent par tomber et l’arroseur finit souvent arrosé.

Publicité
Cet article a été publié dans Saison 7. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Le maquillage du siècle

  1. briceauffoy dit :

    Un régal de liste de virus d’origine contrôlée ! Voilà un texte de haute volée.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s