Mot à mot

Ce serait à l’aube du troisième millénaire, un jour de janvier 2000. Ce serait un monologue mais dans lequel on entendrait une infinité de voix, un chœur à lui tout seul. Et ce chœur, il bredouille, ne sait plus très bien à qui s’adresser, parle à côté, change de registre. Sans cesse.

« Le cadavre dépecé de l’utopie pendu à un crochet » …Tu m’en diras tant, mon tendre, les anges déchus sont parmi nous et je ne les vois plus.

Le funambule sur son fil. Tombé du ciel, une pluie d’étoiles. Il disait : « De là-haut, le monde est plus beau ! ». Il disait : « De là-haut, je te vois mon enfant, comme un enfant-roi, je te caresse et de là-haut, nul ne peut m’enlever le velours de la tendresse.

Je ne suis pas née ou alors demain. Mais les autres jours ?

Et puis, le vent s’est mis à gercer la mer. Personne n’a rien compris. Quand il changeait de direction, il pleuvait dans la maison.

Che Guevara, s’il avait vieilli, aurait trahi.

Je vais te faire un cadeau d’enfer ! un monde nouveau, immense gruyère, criblé de trous, comme des manques d’amour.

Dans la jungle amazonienne, les insectes, ça te dévore ! Bientôt plus d’arbres, plus d’arbres, plus d’insectes.

Antigone, petite noiraude maigrichonne, elle aussi, si elle avait vieilli !

De la fenêtre, je la vois, elle traverse la place vide, la vieille d’à côté. Passer à côté, relents de souffre, toute noire avec son tablier, elle cache des pâtées, des pâtés pour les chats du quartier. Ça ne leurs plaît pas beaucoup tout ça ! Ils la détesteraient presque pour ça, aussi. Elle ne leurs parle pas, ne les aime pas, n’aime que les chats.

« Les Ménines » de Velasquez, Picasso les a copiées pour les réinventer.

C’est que presque, ils me feraient gerber avec leur recherche du « bonheur à tout prix ». « Moving, bien dans sa peau, bien au boulot ». Je revendique le droit au malheur !

Dans la rue, le réverbère fait l’amour avec la pluie. J’ai les pieds dans l’eau.

Azra, égarée ici, retournée en Bosnie, une très jolie jeune fille.

Dans le sol, ils ont trouvé des charniers. On l’a vu à la télé. J’ai entendu qu’au Japon, les hommes sans travail vivent tous ensemble dans des résidences exprès.

D’abord, qui je suis moi ? Qui tu es toi ? Pour changer quoi ? J’aime ça, moi, les gens qui posent toujours des questions à dix balles ! Dans « Les ménines », si tu regardes bien, il y a un crochet, mais je n’ai rien vu d’accrocher ! Dans la nuit, il a gelé, c’est bête le mimosa avait fleuri.

Imagine, tu vis très longtemps et tu es seul de ta génération, quand tu parles, ils ne savent pas de quoi tu causes.

Hier, j’ai vu dans le journal que la Bourse se porte bien. Dans la montagne, l’avalanche les a happés, du premier au dernier de cordée. Tout est redevenu blanc, comme la page, comme le monde aux premiers matins.

Quand Geronimo pensait : infime partie d’un Tout, nous avions déjà l’arrogance des yankees. La mémoire des peuples effacée par la mémoire des disques durs, compatibilité incorrecte.

Tétra-cannabinol, contre la douleur, il fallait y penser. Véhicule intergalactique pour le ciel avant qu’il ne nous tombe sur la tête. Douleurs, type : contractions, spasmes. Où ? dans le ventre de la terre. Diana meurt, le monde pleure. Hallucinations. Sacré besoin de sacré ! Déboussolés. Seul l’homme bleu dans le désert, peut-être ?

Léo, quand tu t’époumonais : « La poésie est dans la rue ! » Léo, la rue est déserte, de plus en plus d’enfants qui descendent dans les caves où ça pue la mort !

Les premiers regards ont manqué. Je voudrais que tu sois l’accoucheur. Je ferais l’enfant. Une enfant d’entre les deux siècles. Une enfant mal élevée. Le premier à me toucher…tu me traiteras d’ingrate, j’oublierai de te dire merci. L’écriture comme une blessure violette.

En soixante-treize, au Chili, ils lui ont coupée les mains à la poésie. De la mutilation, des enfants nés les yeux bandés.

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2 commentaires pour Mot à mot

  1. briceauffoy dit :

    Très bon texte, ma foi ! Bravo pour cette première publication que je trouve bien poétique. Je me suis permis de mettre ce qui m’a paru être le titre (Mot à mot) au-dessus du « chapeau ». Si c’est une erreur, n’hésite pas à me le faire savoir…

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  2. briceauffoy dit :

    Tu as travaillé sur le thème Utopie ?

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