Page blanche

Page blanche, celle de l’ennui, quand rien ne se dessine, excepté le grain discret qui crible la surface de ses minuscules ombres grises, elle s’étale, se gondole en ses extrémités, se graisse légèrement au fil des heures, s’alourdit du passage répété d’une main à plat qui ne sait lui offrir mieux. L’esquisse d’un portrait, d’une scène, d’un récit qui se devinerait, émergeant d’une brume épaisse.

Lumière blanche, celle du néon, quand rien ne semble changer dans la pièce, aucune variation, aucune silhouette ne la traversant, même discrètement, fantomatique, excepté les vacillements du tube luminescent qui crépite parfois, peut-être à cause de la poussière, léger dépôt gris qui en poudre l’arrondi supérieur. 

Peau blafarde, celle de la maladie, quand plus rien ne doit être espéré, sauf quelques heures, quelques jours grapillés avant la nuit totale, celle du trou dans la terre au coeur du pays de schiste, des dalles grises, des croix réhaussées de filets d’or effacés par la pluie, des planches laquées de noir aux poignées en laiton, quand le sang affaibli quitte lentement les pommettes éteintes, joues creusées aux ombres bleutées, tout juste ranimées par le reflet de la feuille blanche.

Robe blanche, celle qu’elle a mise ce soir, encore une fois, quand rien n’entrave l’absurde des gestes inutiles que personne ne peut voir, seule au milieu des drapés de taffetas, rubans de satin emmêlés, lourdes dentelles en coton à peine jaunies, transparences du tulle rassemblé en rosaces, perles de culture brodées, petites boules nacrées légèrement ternies, elle flotte dans un cocon de fils de soie sauvage, suspendue dans ces temps anciens des pensées colorées, des confettis, des banquets, des yeux étincelants qui la convoitaient.

Cheveux blanchis, ceux qui encadrent le regard fripé, tout recroquevillé sur lui-même, quand rien n’empêche leur chute à chaque passage des doigts noueux entre les mèches indisciplinées, ils tombent sur la feuille, un à un, petites virgules si ténues qu’elles peinent à briller dans le faisceau de lumière, écrasées par l’éclat du papier, elles dessinent des indices silencieux, disent encore le murmure d’une présence. Avant l’oubli.

Publicité
Cet article a été publié dans Saison 7. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Page blanche

  1. briceauffoy dit :

    Le nouveau projet est en route ! Youpi !

    J’aime

  2. guidru dit :

    Bon, féminine ou pas, une écriture en tout cas très sensuelle !
    Le blanc te va décidément très bien.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s