Vrac

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Ce crayon glisse sur cette feuille d’une manière que j’ai déjà rencontrée.

Une femme avait réuni chez elle nombre de ses amies, lesquelles respectaient comme la plus grande des vertus l’art masculin consistant à frotter son pénis sur toutes les femmes rencontrées dans les lieux publics.

« Ceci est un lieu public, commença-t-elle, et tu as devant toi les plus grandes institutions ! Alors sois un artiste, sois un homme ! »

C’est sur elle en particulier, parmi toutes ses comparses, que mon pénis frotta comme ce crayon sur cette feuille.

Depuis, je me suis effacé pour le bien commun.


Ces petits papiers ouvrent des bras infinis qu’ils renferment dans le même instant.

Au-delà de leurs carrés, point de salut.

Au-delà de l’infini, il n’y a rien, ce qui n’est guère plus réjouissant.

Heureusement, ils sont aussi les supports de jeux d’enfants.

Prenez un de ces papiers, écrivez « ul » dans trois de ses coins. Que dire ? Je vous le demande. « Il manque « ul » dans un coin ! ».

Et notre connivence est assurée. Dans mes bras, l’ami !


Mon crayon s’use, c’est encore une journée où les crayons s’usent.

Un de mes amis m’a pourtant parlé d’une de ses journées où ses crayons ne s’étaient pas usés.

Poussant toujours plus loin mes questions, j’ai réussi par lui faire avouer qu’il n’avait pas plus écrit ce jour-là qu’il n’avait tracé de figures géométriques.

L’affaire était donc entendue : ce n’était pas une vraie journée puisque rien n’y avait été écrit ni tracé, et tout le monde sait en outre que les crayons ne s’usent pas vraiment lors de fausses journées.

« Alors pourquoi me raconter cette journée qui n’en est pas une ? », hurlai-je violemment, avant qu’il ne réagisse calmement :

« Pour t’user les méninges en lieu et place de ton crayon, tiens. Ne me remercie pas !

  • Et toi ! Par ta faute, c’est ce papier qui est bientôt fini, tout usé, lui fis-je remarquer. Sans plus support, comment pourrais-je vérifier l’usure de mon crayon ? »


Encore un de ces papiers.

C’est le quatrième. Celui qui l’a laissé là a pris bien soin d’y inscrire le numéro 4 à mon intention, afin que je ne m’y trompe pas.

Des mots y sont écrits, qui ne me sont pas plus destinés que sur les trois papiers précédents.

Je ne me fais guère plus d’illusions quant au cinquième.

Le sixième ne devrait pas dépareiller.

J’ai grand espoir quant au septième. Je n’ai aucune raison à ainsi le nourrir, mais la semaine du moins s’y achèvera.


Un homme prétend avoir rencontré une horde de femmes aux seins s’étirant comme des lassos.

Au moment où l’homme aurait tenté de s’échapper, un sein projeté autour de son cou et resserré d’un coup sec l’arrêta tout net dans son élan.

Il fut amené dans un lieu secret, les yeux bandés, où les femmes le pouponnèrent dans un bain chaud mais pas trop, avant de le parfumer comme dans un dernier geste, comme s’il pût être dès lors prêt à leur emploi.

Les femmes se déshabillèrent devant lui, se trémoussèrent avant de se frotter à lui. C’est alors que l’homme banda raide comme la Justice, véritable signal que les femmes attendaient pour…

Il nous est malheureusement impossible de dérouler plus avant le singulier témoignage de cet homme, les mots de cet article étant comptés eu égard au court format de notre présente édition.


336 456 ème papier.

À raison de 35 ans de carrière, 12 mois par an, 20 jours de travail par mois en moyenne et 8h de travail par jour, cela fait une moyenne de 5,007 papiers comme celui-là remplis par heure travaillée.

Ces 7 millièmes de papier au-delà des 5, sur un papier comme celui-ci de 60 cm², cela fait environ ½ cm².

Il faudra que je pense à laisser intact désormais ½ cm² à chaque papier afin d’avoir une jolie moyenne toute ronde.

Cet article a été publié dans 06. Territoire du crayon. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Vrac

  1. granmocassin dit :

    La fin du cinquième texte (les seins comme des lassos), me plait décidément beaucoup, elle me semble ne pas être tout à fait la même qu’en lecture à l’atelier. Ai-je rêvé?

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    • granmocassin dit :

      Et oui, d’ailleurs j’en ai la preuve sur la photo!

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      • guidru dit :

        Serais-tu en train de me dire que la seule partie que tu aimes bien est une partie que j’ai modifiée ?
        Vache de Nico !

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      • granmocassin dit :

        Non, justement je dis l’inverse; tu as modifié la seule partie que j’aimais.

        Aimé par 1 personne

      • granmocassin dit :

        ça, c’est de la vache.
        mdr

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      • guidru dit :

        Tu t’es surpassé dans la vache. Ce record sera dur à battre.
        Un peu comme le record du monde de Bob Beamon en saut en longueur, établi en 1968 à 8m90, battu en 1991 par Mike Powell (8m95). Avant lui, le record était 8m35. De la même manière qu’il a vécu ce jour de 1968 un instant de grâce dans les airs, tu as vécu le tien dans la vache.
        De nombreux journalistes ont longtemps essayé de le faire exprimer ce qu’il avait ressenti lors de cette seconde d’éternité. Je ne suis pas journaliste, je ne suis qu’un de tes copains, mais : pendant ces dix secondes où tu as rédigé cette vacherie ultime, qu’as-tu ressenti ?

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      • granmocassin dit :

        Et 2 jours plus tôt Tommie Smith et John Carlos qui lèvent le poing sur le podium du 200, fameux JO que ceux de Mexico! Ils ont d’ailleurs été virés du village olympique le jour de la finale du saut. Beamon a battu son record sur le premier essai. Dans le même état d’esprit que moi, commentant sans y penser le commentaire d’un commentaire.
        Beamon a retenu de son saut sa réception assez peu académique: « J’ai atterri avec un tel impact que j’ai continuer à sauter comme un kangourou jusqu’à sortir du bac. » Je ne pourrais pas mieux dire, après une telle vacherie, j’ai l’impression de planer encore, comme si je rebondissais sur la longueur d’onde. Je fais l’expérience sans doute de l’inénarrable légèreté de l’être.

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      • granmocassin dit :

        Je pourrai paraphraser le regretté Calvin Russel:
        I’m only a human
        So i’ll make my excuses
        But there’s one thing I know
        One thing I can see
        It might be to late
        To change where we’re goin’
        But in your own mind
        You can always be free

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