Notre point rouge

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Le voyez-vous ? Par votre fenêtre, au-delà du champ, la forêt, entre les deux branches là-bas. Oui, cette forêt rassemble beaucoup d’arbres, chaque arbre de nombreuses branches, mais ces deux branches-là nous attirent comme le vide. Passer à leurs côtés du regard nous précipite au fond de nos peurs. Vos yeux en disent long, ainsi y êtes vous enfin, lové autour ainsi qu’une brume, regardez-les s’écarter légèrement pour nous le faire voir, indéniable. Le point rouge.

Les deux branches ploient et le point rouge se déplace sur le chemin. Une première maison est atteinte par lui, puis une deuxième. Sitôt dépassée, chacune s’en est trouvée dépouillée de sa lumière. La maison la plus proche de la vôtre désormais. La famille Pralon, dites-vous ? Hé bien, la famille Pralon devra lire cette nuit à la bougie…

Quelques considérations, cher ami : que fait ce point rouge, sinon s’approcher de votre maison ? Qui est-il ? Ou quel est-il ? Vous avez raison. Nous allons le découvrir ensemble sans trop tarder, j’imagine, le voilà qui s’en vient d’un bon pas. N’est-il étrange tout ce même, notre point rouge, qui ne varie de taille malgré son approche, pas plus d’intensité ni d’éclat comme s’il ne dépendait que de lui-même ? Un monde tout de même l’accueille, un monde entier. Rien donc ne l’oblige ? Son temps-même n’appartient qu’à lui, le seul temps de le dire le voilà à votre fenêtre comme une illusion, une lumière, une idée, ces trois-là dans ce même point rouge traversent votre fenêtre sans la briser, votre apaisant feu, vos lampes-pétrole s’éteignent. Il s’est posé sur votre nez, le parcourt jusqu’à vos deux croisées.

Illusion, lumière, idée s’évanouiraient sans une source, votre remarque se tient. Quelle est la sienne ? Je n’en ai aucune intuition.

Regardez-moi maintenant, cher ami, lisez-vous une réponse au fond de mon regard ? Aïe, le fâcheux s’y est planté comme dans le vôtre. En vous parlant, me parlé-je tout court ? Ressentez-vous dès lors comme moi notre point rouge transiter par un circuit intérieur qu’il s’aménage à mesure ? Vos nerfs s’exciter au centre de votre marécage ? Mais cela n’a qu’un temps, faut-il croire.

Le jeune soleil, boule rouge, manifeste déjà son propre ego, bruissant, arrière-plan de la forêt. Notre point rouge ne nous laissera jamais tomber, voyez, renaîtra toujours sous une quelconque géométrie. Sa lumière crue rase, rentre librement par les portes des trois maisons, les inonde jusqu’à les noyer, leurs murs même n’ont d’autre choix que de la laisser pénétrer et bon an mal an de la laisser suinter sitôt fait. Ou sitôt dit, votre hypothèse est intéressante. Mais à l’intérieur, cher ami, et ce n’est pas faute de les chercher, je ne vois plus aucun habitant et aucune hypothèse pour l’expliquer. Des hypothèses pourtant, cela se conçoit sans vergogne, sans dommage, que se passe-t-il, sommes-nous devenus fous, cher ami ? Les premières activités ne se réalisent pas à l’heure du soleil rouge habituellement, attendent patiemment jusqu’au jaune. Vos voisins sont-ils devenus aussi fous que nous là où ils sont ? Mais la folie elle-même a sa source, tapie peut-être derrière celle du soleil rouge, celle du point rouge. Où tout cela a-t-il commencé ? Les deux branches, me dites-vous ? Attirent-elles encore le vide, invitent-elles toujours en s’écartant ?

Non, cher ami, nos branches ne sont plus si convaincantes, n’attirent plus l’œil que vers le sol où elles sont attirées elles-mêmes. Là, voilà, pendus en nombre à elles, les pieds flottant comme des hypothèses à vérifier, ne sont-ce pas vos voisins, cher ami ? Le soleil rouge se rabougrit sous la pression d’une main et se loge au fond de la nuit rétablie. Oui, pendu haut et court, le regard vidé afin de pouvoir l’accueillir, n’est-ce pas tout simplement vous, les pieds raidis par votre conclusion ? Le point rouge.

Le voyez-vous ?

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