Madame Cerbère

Se seraient-ils appelés Mme Serviette et M. Torchon qu’ils ne se seraient sans doute jamais mélangés.

Mais elle était Mme Cerbère, il était M. Héraclesse et ils travaillaient dans la même administration depuis qu’il avait été embauché en tant que contractuel 6 ans auparavant, avant d’être titularisé.

M. Héraclesse avait organisé le matin suivant cette titularisation un petit goûter pour célébrer l’événement et tous ses collègues, Mme Cerbère la première, s’étaient jetés sur les viennoiseries et le café chaud. Si bien que, au moment où chacun reprit ses activités administratives, M. Héraclesse se retrouva face à une véritable écurie jonchée de sachets et de gobelets que lui-même n’avait eu l’occasion de contribuer à vider. Mme Cerbère, emportée dans un élan qu’elle n’avait jamais connu jusqu’alors, l’aida à tout remballer et, le voyant chercher en vain une pièce dans ses poches devant le distributeur, lui offrit même un café.

Mme Cerbère se pardonna cet élan inusité en direction de ce collègue sitôt dans son bureau. Une de ses fonctions au sein de l’administration ne consistait-elle pas à empêcher justement les employés de solliciter la moindre audience auprès du patron ? Le patron devait être préservé, rester immanquablement seul dans son bureau au bout du long couloir de l’administration. Elle-même ne l’avait d’ailleurs jamais vu. Pour cela, elle fournissait aux employés, par l’intermédiaire de courriers au cachet de l’administration, tout ce qu’ils désiraient avant même de le savoir. Oui, cet élan n’était qu’une des manifestations parmi tant d’autres de son professionnalisme. Toutes ces journées, ces années passées dans ces couloirs l’avaient tant rapprochée de son administration qu’elle ressentait comme elle, comme à travers son corps, ce qui pouvait expliquer cette confusion temporaire. Cet élan ne lui appartenait pas en propre. Afin d’ailleurs de le normaliser définitivement, elle adressa un courrier à M. Héraclesse dans lequel elle le félicitait au nom de l’administration pour sa titularisation et ajoutait que son nouveau statut impliquait des indemnités supplémentaires, qu’il recevrait dans les plus brefs délais. Deux jours plus tard, quelle ne fut pas sa surprise de recevoir un mail du patron la conviant au plus vite à une entrevue dans son bureau au bout du couloir !

Le bout du couloir lui laissa tout d’abord l’impression d’une fin de monde, mais elle se rasséréna aussitôt : la fin du monde attendrait forcément une entrevue avec le patron. Alors qu’elle s’apprêtait à toquer à la porte, celle-ci s’ouvrit spontanément. Elle vérifia après son entrée : aucun portier ne l’avait actionnée. Elle fit un pas et la porte se referma avec la même volonté. La pièce se noyait dans une obscurité qui gagnait en profondeur à mesure de l’éloignement vis-à-vis de la porte, comme si cette porte pourtant scellée constituait sa seule source de lumière. Les pupilles désormais dilatées à l’extrême, Mme Cerbère réussit à distinguer nettement une limite entre la pénombre où elle baignait elle-même, qui permettait, certes de manière ténue, de voir encore et l’obscurité totale, une limite comme un rideau d’opale tiré entre deux mondes. Or, à un endroit précis où ce rideau se laissait tomber, elle aperçut un bureau, à cheval donc sur les deux mondes, et une présence adossée à un large fauteuil, une présence coupée elle aussi.

« Approchez, Mme Cerbère… »

Elle s’approcha comme demandé et le patron avança légèrement son visage de telle manière qu’il traversa le rideau pour se découvrir à la pénombre. Son visage était recouvert d’un masque en peau de crocodile.

« Je souhaitais que nous nous entretenions au sujet de M. Héraclesse… »

Et le patron lui tendit un courrier qu’elle vint saisir en inclinant légèrement la tête. Avant même de parcourir les lignes qui s’étalaient sur le papier, elle ressentit tout le poids de sa possible disgrâce. M. Héraclesse avait sollicité le patron directement, sans passer par elle. Et qu’avait-il fait en pratique ? Soit il avait glissé un courrier sous la porte sans portier, soit il avait toqué et été invité à pénétrer ce bureau qu’elle-même jusqu’à ce jour n’avait jamais pénétré. Cet homme, M. Héraclesse, avait réduit à néant l’aura professionnelle de Mme Cerbère en une initiative égoïste et elle conçut immédiatement envers lui, dans un élan exactement contraire au premier, une haine absolue.

M. Héraclesse exprimait dans la missive une grande gratitude vis-à-vis de l’administration, mais souhaitait en éprouver une plus immense encore lorsque lui serait reversée l’intégralité de ses indemnités depuis qu’il travaillait dans cette administration, soit 6 années révolues maintenant. Le traître, se dit Mme Cerbère, qui retourne contre moi les bienfaits que je lui ai prodigués.

« Un homme bon, Mme Cerbère, que pouvons-nous faire pour lui ?

  • Quelque chose pour lui !?! Rien, patron, administrativement, rien !

  • Oui, administrativement… Mais ne pensez-vous pas, Mme Cerbère, que personne ne devrait oublier d’où il vient ?

  • Comment cela ?

  • Mais vous ferez bien entendu comme vous voudrez, Mme Cerbère… Vous pouvez maintenant partir. » Et le patron recula son visage pour regagner l’autre monde.

Une fois dans son bureau, Mme Cerbère tenta de reconsidérer la situation dans son ensemble, mais la haine terrible qui la tenaillait la fit se perdre dans les détails. Et un détail plus que les autres la harcelait : M. Héraclesse n’avait-il pas omis de lui rembourser le café qu’elle lui avait off…, enfin, avancé ? Ce M. Héraclesse devint à ses yeux un de ces odieux adeptes du « à charge de revanche ! », qui ne se sentaient aucunement redevables de la moindre dette. Un café était un café tout de même et, plus que cela bien entendu, il était un symbole auquel des hommes de cet acabit niaient toute valeur morale. Ce café devint pour Mme Cerbère plus qu’une goutte d’eau, un véritable déluge qui fit déborder sa haine au-delà de cette malheureuse histoire.

Mme Cerbère avait une mission bien plus large que celle précédemment exposée, qui devait, outre les employés de l’administration, empêcher quiconque d’approcher le patron. Ses véritables administrés étaient toutes ces personnes que la mort de proches avait rendu tristes à mourir et qui menaçaient de succomber à leur tour. Ceux-là tournaient autour du patron comme des vautours assoiffés d’injustice et elle devait les aider en toute discrétion à accepter l’irréversible. De quels moyens usait-elle ? De la fatalité essentiellement et de tous les subterfuges que celle-ci mettait en pratique pour se glisser dans des cœurs fragilisés : la morne poésie qui embrume les paysages et la complexité du monde dont les administrés n’arrivaient plus à démêler les sensations les plus simples. On aurait pu croire que Mme Cerbère possédait plusieurs têtes, à maîtriser ainsi tout ce désespoir dans le monde entier. Depuis qu’elle avait été elle-même embauchée, aucun des administrés n’avait même osé regarder le bâtiment de l’administration, alors comment auraient-ils osé porter la moindre réclamation auprès du patron ? Ils se contentaient, le regard lasse sur un vide bien réel dans leurs vies, d’agir comme des pousse-mousse sur lesquels une main virtuelle, celle de Mme Cerbère, appuyait : de leurs bouches sortaient des bulles, des bribes d’histoire, des souvenirs partagés avec le défunt et c’était tout. Alors qu’elle recueillait toutes les bulles depuis son bureau, Mme Cerbère s’étonnait souvent de ce que cette mission lui fût si aisée à mener à bien. Quel était ce talent chez elle qui la rendait si compétente, quel était ce talent qui l’avait fait embaucher ? Cela, elle ne le savait pas car elle n’avait à vrai dire aucun souvenir qui lui eût permis de voir ce fameux talent éclore puis croître avec les années.

De toutes ces vaines considérations, Mme Cerbère ne tira ce jour qu’une seule conclusion : la limite entre le monde et celui de son patron était tout de même bien précaire et son administration dans son ensemble – sa mission à elle certes en particulier – était la garante d’un équilibre des forces entre les deux. Maintenant qu’elle avait pointé un ennemi personnel, constituait-il un danger pour l’administration ? Elle devait connaître le talent de celui-ci pour en juger.

Alors que M. Héraclesse était tout occupé à une réunion, Mme Cerbère put s’engouffrer dans son bureau afin d’y fouiller les dossiers de ses propres administrés. Elle découvrit que tous avaient l’appétit du suicide, un immense appétit qui pouvait apparaître très jeune. Son plus jeune administré notamment, encore bébé, essayait de s’étouffer avec sa tétine à chaque fois que sa mère lui refusait le lolo et prenait plaisir à imaginer sa tête bleuir et exploser pour retourner dans un cosmos rempli de lolos. Tous les âges de la vie étaient évidemment représentés dans cette encyclopédie grosse comme un bureau, Mme Cerbère en étudia avec minutie tous les dossiers et perçut la manière ingénieuse de M. Héraclesse de gérer ces cas somme toute problématiques : il faisait prendre conscience à ses administrés qu’ils ne pourraient plus prendre plaisir à imaginer se suicider s’ils se suicidaient réellement. Alors s’engageait pour tous une course frénétique entre le suicide et le plaisir, les deux se lançant des défis successifs. Si la dynamique de leur étroite relation voulait bien souvent que les fantasmes suicidaires prissent la tête pour être néanmoins rejoints dans l’instant par le plaisir, le plaisir de vivre certaines situations banales surprenait parfois l’appétit des administrés au suicide et l’obligeait à se dépasser lui-même pour se mettre au niveau. Mais, dans tous les cas, si M. Héraclesse ne renouvelait pas suffisamment les scenarii de suicides de ses administrés, leur plaisir général s’étiolait inexorablement, et il devait en inventer d’autres toujours plus extrêmes s’il ne voulait pas atrophier leur existence par trop d’austérité. Mais le désespoir gagnait ses administrés inexorablement face à cette course folle, les scenarii des fantasmes suicidaires se complexifiant toujours plus, avec une cruauté semant l’indépassable, et M. Héraclesse décidait à ce stade de les faire tomber amoureux à se damner et les scenarii s’écrivaient dès lors d’eux-mêmes, ce qui rajoutait au plaisir qui les talonnait naturellement cette légère culpabilité qui vous saisit lorsque votre mauvaise foi vous fait prêter à l’être aimé la responsabilité des malheurs que vous vous infligez à vous-même. Plaisirs et fantasmes de suicides s’associaient donc indépendamment des administrés pour se développer, sans que M. Héraclesse ne déploie plus le moindre effort. L’intensité des deux monstres intérieurs croissait dès lors constamment sans le plus solliciter, une intensité qui ne pouvait que finir par perler, pure, du regard de ses administrés, qui se métamorphosaient en anges terrestres et n’achevaient leurs vies terrestres qu’à des âges canoniques.

Mme Cerbère, de retour dans son bureau, frémit de terreur. Qui était ce M. Héraclesse ; ainsi capable d’accéder aux fantasmes les plus intimes des morts, ceux qui les prédisposent justement à la Mort ; ainsi capable de les formuler aux vivants, particulièrement à ceux qui connaissent l’Amour, c’est-à-dire tous ; sinon un crieur, sinon le lieu-même de la criée, sinon le passage entre la Vie et la Mort ? M. Héraclesse, avec tel talent, rendait inutile le rôle-même du patron. Et le patron lui-même ne pouvait s’en rendre compte car cette menace que constituait M. Héraclesse était interne à l’administration. Elle devait réagir à sa place. « Mais vous ferez bien entendu comme vous voudrez, Mme Cerbère… », lui avait dit le patron. Peut-être requérait-il alors une aide de sa part, sentait-il ce danger imminent, si imminent d’ailleurs qu’il le soupçonnait de pouvoir écouter aux portes, même aux siennes parfaitement scellées ? C’était sûrement pour cela qu’il l’avait conviée dans son bureau pour la première fois, sinon pourquoi ? Elle ne devait donc pas réagir à sa place, mais à ses côtés, comme si elle était une de ses manifestations. Avec cette légitimité nouvelle et sa grande connaissance de la réglementation et des procédures, elle mit un plan au point en quelques minutes.

Elle envoya un second courrier à M. Héraclesse dans lequel elle précisait que le statut de M. Héraclesse avait changé au moment de sa titularisation dans l’administration et que, de ce fait, n’occupant avant la dite « titularisation » aucun poste dit « vacant », il ne pouvait percevoir les dites « indemnités » pour les six années précédentes. Enfin elle se montra désolée au nom de toute l’administration. Puis, dans l’attente de l’inexorable réponse de M. Héraclesse, elle prit garde de ne pas s’approcher du distributeur de café pour ne pas tenter celui-ci de régler sa dette éventuellement.

La réponse ne se fit pas attendre, même si son contenu était déjà connu dans le détail par Mme Cerbère. M. Héraclesse comprenait la position de Mme Cerbère et de l’administration, mais soutenait qu’elle ne reposait que sur une interprétation erronée des textes, lesquels stipulaient clairement que les indemnités devaient être perçues « au regard de missions effectives dans l’administration ». Des missions que M. Héraclesse assurait avoir réalisées, comme l’administration pouvait d’ailleurs le spécifier puisqu’elle venait elle-même de le titulariser pour ces missions. Afin d’éviter désormais toute réponse passionnelle autour de la question présente, M. Héraclesse concluait vouloir donc porter cette affaire au jugement du Haut Tribunal Administratif. Mme Cerbère sourit d’un plein bonheur en même temps que de toutes ses dents. C’était exactement ce qu’elle espérait. L’empire du patron commençant à s’écrouler, elle n’avait entraperçu qu’une seule instance suffisamment puissante pour annihiler les volontés de M. Héraclesse : le Haut Tribunal Administratif. Et cet imbécile de M. Héraclesse venait lui-même de requérir son jugement. Cette fois, dans l’attente, elle se montra plus souvent qu’à l’habitude devant le distributeur de café afin de prouver à tous, à M. Héraclesse en particulier, qu’elle n’avait pas déserté ses anciens territoires. M. Héraclesse, lui, n’apparut pas une seule fois, sans doute en raison de sa défaite à venir. Puis elle fut conviée à nouveau dans le bureau au bout du couloir où l’attendait le patron avec son masque de crocodile.

« Je souhaitais que nous nous entretenions à nouveau au sujet de M. Héraclesse…

  • Oui, bien entendu… Elle espérait que M. Héraclesse écoute à la porte.

  • Mme Cerbère, je viens de recevoir le jugement du Haut Tribunal Administratif.

  • Et quel est-il ?

  • M. Héraclesse est un homme bon, qui nous aura permis de préciser les limites de notre juridiction. Il n’était pas obligé, n’est-ce pas ?

  • Et quelles sont ces limites ?

  • La bienveillance vis-à-vis de notre personnel. Mme Cerbère, veuillez lui délivrer ses indemnités…

  • Mais, les limites ne sont-elles pas attaquées justement ?!?

  • Mme Cerbère, je vous l’ai dit, personne ne doit oublier d’où il vient… »

Le patron enleva son masque en peau de crocodile. Son visage était de la même substance qu’au plus noir du monde sombre derrière lui, liquide comme une nuit pétrole, solide comme un mur que l’on ne verrait pas dans une fâcheuse obscurité. Mme Cerbère se sentit aspirée de tout ce qui la constituait, et elle n’était dès lors plus grand-chose, une entité peut-être, mais toute seule, bien seule pour toutes ces décisions qu’il fallait sans doute prendre.

« … ni où il va… Mais je vais vous aider pour cela. »

Le patron remit son masque en peau de crocodile et, depuis le trou béant derrière lequel se trouvait sa sombre bouche, sortirent de nombreuses bulles.

« Écoutez d’où vous venez pour savoir où aller… »

Mme Cerbère fut harcelée par les bulles avant que celles-ci ne la plongent dans leurs souvenirs. Les souvenirs-même de Mme Cerbère.

Elle attendait chaque sommeil le retour de son mari disparu. Elle l’aimait, oui, elle l’aimait, mais il avait décidé de se suicider suite à une faillite de sa société et au non-versement d’indemnités qu’il aurait dû percevoir. Cette faute administrative les avait plongés dans une extrême misère, il est vrai. Mais depuis, chaque matin, elle buvait seule son café à leur table et elle ne voyait plus le premier regard de son mari, si bienveillant, si doux. Elle savait que ce suicide n’avait été que trop ajourné pour son mari, qui l’avait tellement fantasmé en raison de son impuissance. Elle lui en voulait de n’avoir considéré suffisamment la propre puissance de son amour, plus essentiel que cette impuissance face à l’administration. Elle voulait tellement ce sourire du matin si doux, si violent au souvenir maintenant que son mari n’était plus là. Elle attendait chaque sommeil le retour de son mari disparu et, au réveil, son sourire n’était jamais là. Sans doute ne dormait-elle pas assez longtemps, se dit-elle. Mais à tout réveil, le plus tardif fût-il, le sourire n’était pas. Alors, un jour, avec l’aide de puissants sédatifs pris en trop grande quantité, elle ne se réveilla pas.

C’est ainsi que Mme Cerbère découvrit la genèse de ce talent qui lui avait permis d’être embauchée dans son administration, en étant par-dessus le marché titularisée immédiatement. Elle se précipita dans son bureau et appuya sur un bouton de son ordinateur pour délivrer dans l’instant et de manière rétrospective toutes les indemnités de M. Héraclesse.

« Mme Serviette, vous vous réveillerez à 3. 1, 2, 3 ! »

Mme Cerbère disparut tout aussi instantanément que l’éclatement d’une bulle piquante de compréhension.

Mme Serviette ouvrit les yeux et elle put voir l’homme en face de lui au visage tant grêlé par une ancienne acné mal réglée qu’il semblait être recouvert d’un masque en peau de crocodile.

« Mme Serviette, la séance est terminée ! Et il me semble que nous avons fait un grand pas pour régler ce problème avec votre défunt mari, non ?

  • Oui, là où il est, il vient de recevoir toutes ses indemnités…

  • Et vous ne prendrez vous-même jamais ces puissants sédatifs en trop grande quantité, n’est-ce pas ? »

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