En sucre

unnamedIl m’est arrivé de rêver que l’eau pouvait le faire fondre, comme un sucre qu’on plonge dans un liquide. Il pleuvait fort dans ce rêve, comme ça peut parfois souvent toujours être le cas ici, dans ce pays où le ciel est chargé de nuages d’un gris foncé, presque noir, dont on trouve peut-être l’équivalent que dans un pays comme l’Irlande, et il se désagrégeait petit à petit.

Ça commençait par le faîte, qui s’effritait par petits morceaux, sous les coups de boutoir portés par une violente averse de grêle. Les grêlons, gros comme des pamplemousses, et durs comme la pierre de marbre, le faisaient voler en éclats de poussière puis, l’érosion entamée, une pluie serrée d’énormes gouttes d’eau – je sais pas s’il s’agissait de pluies acides – l’imprégnait progressivement, mais au lieu de foncer, son gris plutôt clair allait en s’atténuant encore, au fur et à mesure que l’eau le pénétrait, quand dans la réalité elle ne fait que ruisseler sur sa surface. Il s’éclaircissait au point, non de devenir blanc, mais de perdre son opacité jusqu’à prendre, lentement, petit à petit, un aspect transparent, comme le verre, tandis que les éléments qui le constituent, dont on doit rappeler qu’ils sont de nature solide, se transformaient en une boue épaisse, translucide, puis en une colle moins grasse et, dans le temps que sa couleur allait en disparaissant, cette boue, que provoquait la lente désagrégation du mur, se liquéfiait pour plus apparaître, à la fin du processus, que comme une eau – j’avais sous les yeux un mur d’eau – qui, subitement, c’est peut-être incroyable mais c’était comme ça, subissant les lois physiques qui régissent ce monde, allait au sol d’un seul coup et inondait le jardin, l’anéantissant entièrement. Mais je l’ai dit, c’était un rêve, c’était même un cauchemar et, ouvrant les yeux, je vis que tout était comme d’habitude, il était là, mon mur, simple et triomphant, mon mur, égal à lui-même, mon mur que jamais l’eau du ciel a fait fondre.

E.B.

Cet article a été publié dans 5.11 La transformation physique, Non classé, Saison 5 (2019-2020). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour En sucre

  1. guidru dit :

    Fais gaffe à ne pas tomber dans le « syndrome du crocodile » avec ce mur. Bon, relativisons, tu as tout de même 5 ans devant toi avant de voir venir…

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    • atelierlel dit :

      ça fait plus de cinq ans que j’ai attaqué ce texte, enfin une version première, genre littéraire fantastique, la partie « réaliste » que je suis en train de fabriquer va lui apporter un socle qui me permettra d’en faire un truc dans les deux cents pages, et étoffera l’histoire. Bref, c’est un vieux machin que j’avais mis au repos et qui retrouve une jeunesse avec des nouvelles idées.

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      • guidru dit :

        Là, ce n’est pas pareil, ça mûrissait tout seul dans son coin sans se manifester à tout bout de champ, rien à voir avec une obsession. Je crois assez en ce travail indépendant du texte, à la fin duquel il va te sonner l’air de rien en te suggérant une nouvelle idée formelle qui lui donnera une autre dimension à peu de travail. Il faut savoir attendre.

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