Autoportrait

Mon cher spectateur, que veux-tu que je te peigne cette fois ? La jolie fenêtre que je vois de l’autre côté de ma rue ? Hum, c’est déjà beaucoup demander, l’obligation d’ajouter éventuellement des rideaux, de peindre peut-être tout l’immeuble, de lui ajouter une porte et des habitants encore. Et, mon spectateur, je sais que tu préfères les sujets simples.

Voilà qu’il parle tout seul, il a donc commencé à peindre.

Ça y est, maman le regarde de son air niais. Maman est amoureuse ! Papa a donc commencé à peindre.

Le petit chou s’apaise tout seul, comme tous les soirs après avoir regardé sa maman par sa porte entrouverte. Un « Bonne nuit, ma Nounou d’amour… » et un « Bonne nuit, mon petit chéri… » de ma part plus tard, et je pourrai rentrer chez moi.

Elle va adorer mon bœuf-carotte « maison ». Après, je vais te la mijoter serrée, à coups d’un petit massage à l’huile et de quelques bisous dans le cou. Qui sait qui va dévoiler le Saint-Graal ? C’est Bib… Merde, j’ai encore oublié le jus de carotte !…

Ouh, ouh, s’il prend du jus de carotte, c’est qu’il espère décrocher le pompon ce soir, le cochon !

Mon épicier préféré, la parole et le regard doux, et jamais un jugement de trop ! C’est mon tour dans 1-2-3 : « Bonsoir, mon épicier préféré ! Un chou chinois, s’il vous plaît ! »

À tous les coups, elle aura opté pour un chou chinois… Quand comprendra-t-elle que j’aime manger chinois, mais pas les choux. Purée, endossons le manteau, désertons pour la soirée.

Voler et fuir. Moi, je fais ça dans un avion. Dieu, quel décollage ! Je vole les cœurs, je fuis les douleurs. Par le hublot, étonnant comme ils sont petits, tous ceux qu’on fuit. Ça les rend drôles pour une fois… Et celui-ci avec son manteau, je reconnais le pas et l’allure : qui fuit-il ?

Quelle gueule d’ange, avec son charmant museau collé au hublot. Hôtesse de l’air, c’est pas un métier, c’est une condition singulière. On respire l’air raréfié, on s’habille toujours comme en plein été et on atteint par le fait le 7e ciel plus facilement que toutes les autres.

Je suis sûr qu’elle attend comme moi l’atterrissage avec impatience, ma charmante hôtesse, qu’elle se languit avec détresse en ne pensant qu’à moi. Ce costume de commandant, y a pas, c’est un solide argumentaire !

Mon cher petit mari qui découche toute cette semaine dans tous les aéroports d’Europe et nos deux grands qui ont tous deux quitté le logis depuis bien longtemps… C’est mon cher petit amant qui va être content !

Comment je vais pouvoir lui dire que je ne vais pas pouvoir venir chez elle de la semaine ? Putain, une maîtresse, c’est un sacerdoce. Mais ne laisse rien paraître, ta femme te regarde…

Il a sa tête de celui qui ne veut rien laisser paraître, comment peut-il sincèrement croire que je suis incapable de remonter toute la chaîne en lui ? Voyons… Mais pourquoi le voisin en face me regarde-t-il ?

Cher spectateur, si je te peignais ma voisine d’en face ? « Ne bougez pas, Madame ! »

« Comme ça, Monsieur ? »

Oh, ça va pas de parler de manière aussi légère à ma femme ?!?

Et s’il ne venait pas ?

Et si elle ne regardait pas que moi ?

Allez, je me lance, je vais aller lui demander de mieux accrocher sa ceinture sous peine de fessée, le petit cochon !

Maintenant, fini, l’Amour ! Marre de fuir…

Allez, raisonne-toi, répète plusieurs fois : « j’aime le chou chinois, j’aime le chou chinois, … » et rentre chez toi !

« Ou mettez-moi plutôt du chou fleur, je crois qu’il en a marre de manger chinois. Par contre, il aime le chou invariablement, ça, j’en suis sûr ! »

« Mais bien sûr, Madame, et comme je dis toujours : le chou est le véritable ciment de l’Amour ! »

Punaise, il ne me reste plus d’huile de massage non plus. Je suis bon pour ressortir, moi… Sacré Bibi, va !

Je suis fatiguée, j’espère qu’il ne m’aura pas préparé sa satanée mijote avec son dessert « maison » à l’huile de massage…

Mince, Nounou est déjà partie et j’arrive pas à dormir… « 1,2,3…., 100 ! » Non, toujours pas… Cool ! Je sais compter jusqu’à 100 !

Tiens, il ne parle plus, mon cher génie, il a dû terminer sa toile !

« Chérie, viens voir ! J’ai fait finalement mon autoportrait ! »

Cet article a été publié dans 12. Littérature X pour lectrice et lecteur Y. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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