L’Univers d’un doigt

Si le monde vous perce les côtes à mesure que vous les montez,

dites-vous qu’une crête vient, avec votre cœur de l’autre côté.

Vous enflez sous l’ivresse, vos ailes se déploient, vous volez

à cheval sur les étoiles qui filent vers ce dont vous n’auriez rêvé.

Prenez cette montre, cette règle, ils se pourrait bien que vous ne sachiez plus compter

lorsqu’une créature de Lune, de Mars vous demandera où finit la voie lactée :

« Là-bas, crétin, fumier, espèce de chose !

Crois-tu vraiment que j’ai le temps de faire une pause ? »

Vous vous tressez des colliers de nouveaux jours sans patron,

car il suffit, comme les planètes, de les faire tourner en rond.

Le soleil est atteint parmi un tas d’autres cailloux :

« Et, vieux machin, milliards d’âge, ton pouvoir, il est où ? »

Un barbecue se prépare sous vos fesses,

ce n’est pas un coussin péteur de votre nièce.

Maintenant, qu’il est beau, qu’il est beau, l’Univers que voilà !

Seulement, sans lumière, vous n’y verriez même pas un rat.

Un Seigneur auréolé d’une lumière sans goût

vous fait un clin d’œil, se présente à vous :

« Dis donc, petit chat, qu’est-ce tu fais là ?

Ta maman t’a pas dit que t’avais pas le droit ?

  • Hé, l’ancien, déjà que les putes, les bonbons, la TV et tout ça,

    ma mère, le droit, elle peut bien se le mettre, ou pas.

Moi, mon cœur, ma montre et ma règle,

on s’en tamponne, on est de la trempe des aigles ! »

Un instant plus tard ou peut-être des années,

votre nez se colle à un putain d’arrêt,

un mur noir, dur et raide comme la Justice,

« Zut, et pourtant, faudrait pas que j’y pisse ! »

Vous comprenez que c’est à l’Univers sa limite,

qui, lui étant infini bien sûr, ne peut être sa bite,

qu’il suffirait d’évacuer d’un coup de genoux

ou de contourner par pudeur jambes au cou.

Vous tâtez et palpez, doux et électrique à la fois,

comme un cœur qui bat, à l’envers puis l’endroit,

quand les jours se mêlent aux nuits,

quand vous aimez votre chéri(e).

À ce mot, la substance se déchire,

vous vous attendez, hélas, au pire.

Deux yeux, leurs rétines, frémissent en chœur

pour vous dire, tout taquins, qu’il est l’heure.

Vous sortez en vitesse votre montre

et la leur ficher tout contre.

« Z’êtes des yeux, savez voir,

j’ai le droit de dormir comme un loir !

  • Oh que non, satané,

nous voilà bien peinés… »

Vous sortez votre règle pour plaider une cause :

« Une peine se mesure-t-elle comme tout autre chose ? »

Les yeux louchent pour se consulter,

ce qui produit entre eux un coup d’épée,

qui tranche tout l’Univers en deux moitiés,

deux infinis qui ne pourront plus se toucher.

« Ben merde ! », vous vous dites, « Faut que je choisisse mon camp… »

et chavirez dans l’instant dans celui somme toute le plus blanc.

Les deux rabougrissent à redevenir tout à fait minots,

vraiment, Quelle histoire !, d’un coup de cuillère à pot.

Deux Univers réduits ainsi à la taille d’une bille,

dont un jeune martien profite pour quelque peccadille :

« Papinou, mi corazon, écoute, touche ma bille, regardes-y au fond là-bas,

n’est-ce pas celui qui t’a traité de crétin, de fumier, de choses et tout ça ? »

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