Confinement de figues

Pour faire un délicieux confinement de figues :

Les choisir mûres et fermes, sans oublier :

la bonne figue est entre toutes reconnaissable

à sa saveur amère et toute iodée,

qui la relie à ses plus lointaines origines,

méditerranéennes et marines par le fait.

À ce point, il faut bel et bien noter :

que certains, visant un autre plaisir, aiment à les sécher,

alignées sur terrasses en plein soleil d’été,

les voir finir en surface par craqueler.

Elles sont alors des omelettes norvégiennes,

dures en façade, tendres en leurs abîmes.

Retirer la queue si ce n’est déjà fait.

Pelez-les, mais pas avec un économe.

Optez plutôt pour un Gillette Sensor 3 lames,

figue est délicate, qui n’aime guère les hématomes.

Coupez-les en 4, prenez votre bon plaisir

à les presser entre 2 de vos doigts,

à les visualiser perdre ainsi un peu de leur chair.

« Combien de figues ? », Dieu, quelle méthode !

Je dirais : « Plus il y en a, et encore ! »

Alors entassez-les, et qu’aucune n’échappe,

dans un grand bassin à confinement, ma foi

pas plus long que la taille de votre salon.

Portez-les à ébullition en les secouant le plus souvent

car la durée de cuisson se trouve réduite de moitié

lorsqu’elles sécrètent leur propre sucre gélifiant.

Certains prônent ici le test de l’assiette froide

où le résultant doit s’écouler bien roide…

Ma méthode est pourtant maintes fois éprouvée :

elles sont prêtes sans faute si et seulement si

elles vous bavent entre les doigts sans s’y répandre

comme le ferait la plus vulgaire soupe d’oignons.

Procédez alors à la mise en pot définitive :

prenez la clé, fermez et mangez-la.

Votre œuvre est là, de sa teinte marronâtre,

qu’il ne faut pas étaler comme toute autre chocolade,

confondre les délices ressemble à du vice.

Passons les variantes, de vanilles et d’épices,

pour nous intéresser aux accompagnements.

Deux écoles toujours se tirent la bourre :

l’une vous enjoint aux fromages, Pouah !,

ne laissez donc vos figues s’étendre sur un bouc,

frais et vigoureux, ou tout ce que vous voulez,

elles ne sauraient, grand Dieu, gagner en qualité

là où elles perdraient, pas qu’un peu, en expérience ;

non, privilégiez à les étaler sur un canapé de foie gras,

bedonnant et baveux de sa propre suffisance

ou, le mieux, entre deux tranches de ces messieurs

car c’est bonheur, pour elles comme pour eux,

de les éreinter, de les avaler en sandwich.

Cet article a été publié dans 10. Drums, comme dit Michon. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour Confinement de figues

  1. atelierlel dit :

    Bien meilleur à la lecture qu’à l’audition, je trouve (avec toutes mes excuses pour ta lecture) !

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  2. guidru dit :

    Mais ça ne nous dit toujours pas si le texte est bien !
    (je te pardonne tout de même pour ma lecture)

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  3. granmocassin dit :

    Sympa de partager les recettes! Surtout en ces temps où nous passons fatalement plus de temps derrière les fourneaux.

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  4. guidru dit :

    Je dois dire que j’ai spécialement pensé à toi, connaissant les origines méditerranéennes de ta femme !

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  5. granmocassin dit :

    Heureusement que je ne suis pas marié avec une martiniquaise, tu m’aurais dédicacé le texte des bananes et j’aurais pu mal le prendre.

    Aimé par 1 personne

    • guidru dit :

      Je dois dire que tu m’as bien fait rire !
      J’étais justement en train de manger une banane et je l’ai en partie recrachée. Je ne sais pas s’il faut y voir un quelconque lien…

      Aimé par 1 personne

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