La symphonie de Lucie (6)

Seuls des rires s’échappent aujourd’hui de leurs gorges.

Les molécules se sont organisées pour aménager une lumière intime, douce et vibrante de sérénité.

Les organes de la rockeuse ont tous été priés de ne plus se séparer, les autres femmes essentielles les ont contraints à son corps grâce à des filins d’acier. Les organes, après quelques vaines tentatives pour rejoindre les hauteurs, restent à leur place et ne scintillent plus que d’humilité.

On a aménagé sous leurs poumons gauches un nid douillet aux cœurs des chanteuses de Fado et de la crooner black. Un peu de paille, quelques minuscules coussins et le talent de décoratrices de leurs camarades ont suffi pour convaincre leurs palpitants à se contenter de ronronner d’aise dans leurs loges. Évidemment, celui de la crooner black le fait encore à contretemps, mais quelle différence ?

Quelques longs et lents massages à l’huile délivrés par ses camarades ont fini par apaiser les seins de la femme techno et n’en persiste que leur fréquence la plus basse qui se fond dans le rythme naturel de leur flux sanguin.

Il fallut user de plus de subtilité pour notre diva latina. Car garnir ses hanches des mêmes filins que la rockeuse ne fit que changer de direction leurs mouvements horizontaux et elle semblait un piston dans une usine qui ne fabrique rien. Ses camarades tentèrent bien de l’empêcher en exerçant des pressions sur ses épaules, mais c’étaient elles qui se trémoussaient alors, gâchant tout le travail préalable réalisé. « Il faut donner corps au Désir, il n’y a pas… », telle fut l’intuition de la diva, qui saisit la baguette de Lucie sans lui demander et se l’enfonça dans sa foufounette pour assurer un maintien à l’ensemble de son corps. Comme elle eut raison ! Ses gémissements se mêlent désormais au lieu, à son ronron.

Lucie ayant extrait une nouvelle baguette de sa foufounette et l’ayant brandie celle-ci aussi, toutes les anciennes reprisèrent son corps. Après l’opération, on put admirer 28 lignes de suture au lieu des vides entre les tranches, les fils qui dépassent prêtent à cette peau, d’un seul tenant dorénavant, l’aspect d’un discret velours presqu’un duvet.

Toutes nos femmes essentielles sont pour tout dire redevenues des femmes ordinaires, entre lesquelles la lumière ne fait plus aucune distinction. Elles se parlent du fond d’elles-mêmes et leurs paroles parviennent au fond des autres essentielles sans fausse illustration. Au bout de quelques jours d’une telle qualité d’écoute, elles se racontent leurs véritables histoires issues de véritables souvenirs. Le lieu cylindrique est plein maintenant, plein de toutes leurs vies entrelacées, il est devenu une existence autant qu’un lieu, l’existence d’une seule femme bien réelle, une femme dans le regard de laquelle se concentrent toutes les lumières. La lumière est son regard.

« Je vous écoute… »

Cet article a été publié dans Saison 5 (2019-2020). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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