G comme Clément

Mec, cette nuit, j’ai rêvé qu’on m’avait enfermé de force pendant 10 ans, tout habillé. À la longue, tout est devenu trop petit pour moi et j’ai salopé le look sur lequel j’avais tout misé : mes Doc de marque allemande ?, déchirées par le devant du cuir ; mon t-shirt Marilyn Manson ?, au-dessus du nombril, aussi pitoyable qu’un Hello Kitty ; et mon pantalon qui se partage mon mollet avec mes chaussettes ; mes chaînes éclatées par leurs maillons ; mes bracelets et mes bagues qui font des boudins de mes doigts. Maman a donc raison : mec, mieux vaut se changer tous les jours.

Mon père, lui il a toujours tort, c’est plus reposant. L’autre coup, il m’a assuré que toutes les molécules de notre corps se renouvelaient en 3 ans. Au bout de 3 ans, un vrai sou neuf ? Faux, mec ! Moi, ça s’est fait en une nuit. Au petit matin, je me suis réveillé, j’ai regardé ma vie dans les yeux et j’ai dit : « Finis les t-shirts dinosaures, les survets, les Beatles et le jazz à la papa, vive Marilyn Manson ! » Ça, mec, ça te tue autant que ça te fait vivre. Mon père, il me tue et ça s’arrête là. Tiens, mec, il m’arrive même de me renouveler totalement plusieurs fois en une seule nuit. Je me réveille dans le noir complet, mon chat Numa me fait « Miaou ? » et je lui réponds « Miaou ! ». Mec, je me fais peur moi-même avec ce langage de chat. « Qui et où suis-je ? », dis-je, « Chat ici ou dans la blanche écume varech sur la plage de Malibu ? », je rajoute à cause de mon père qui m’a trop fait écouter Gainsbourg. Je me rendors et la fois d’après, je réponds « dégage ! » à mon chat, je suis donc redevenu moi-même. Comment t’expliques ça, mec, que je puisse me renouveler aussi vite qu’un transformer ? Facile : mon père a toujours tort, je te dis !

Il paraît que mon zizi va grossir pareil, en un temps record. Coucou ! Me v’là tout gros et tout poilu… Il paraît même que dans les heures sombres, il deviendra gigantesque. Ok, mec, et où s’arrêtera-t-il s’il te plaît ? À cela mon père a répondu après réflexion : « au bonheur des dames… ». Mince, c’est tout de même assez grand, une femme, non ? Imaginez la taille que devra atteindre mon zizi. 3 ans, tranquille, à renouveler ses cellules, mais seulement quelques minutes pour remplir une femme de bonheur. J’ai bien peur de ne jamais y arriver, mec…

L’autre coup, j’étais au CDI avec mon copain Rémy. Y avait Fabienne la documentaliste, une amie de papa, un sourire rempli de bonheur , à cause de son mec Eric que je connais aussi. On a feuilleté un livre sur les drogues et y avait des mecs avec des aiguilles dans le creux du bras. Des gueules pas possibles, mec, malheureux comme tout. Et je te le dis, mec, moi je sais que le bonheur tient dans une bonne glace vanille, avec un gros supplément chantilly et quelques noisettes pilées par maman. Alors pourquoi, mec, ça ne leur suffit pas aux filles ?

Maman, c’est pas une fille comme les autres, mec. Du genre à trop s’embarrasser des autres, toujours une mission au cœur. Avec moi, c’est pire bien entendu, c’est comme si mon corps continuait à se développer en elle, comme si j’étais pas né. « Mais je suis là, maman ! Devant toi ! », je lui dis, des fois qu’elle donne l’impression de parler à son ventre. « Je te vois, mon chéri, et je te sens ! ». Et elle se touche le cœur avec encore plus de force que quand elle me prend dans ses bras. J’aimerais que son bonheur vienne de l’extérieur. De tout ce que je vis, qu’elle vit elle-même de l’intérieur, y a les angoisses qui lui font mal. Lorsque je dors mal, son ventre dort mal et elle dort mal. J’essaie donc de bien dormir comme un bon fils, mec. Mais à force de la voir s’éreinter avec moi, même si elle me le cache, je sens tout ce qui se passe en elle. Et je dors deux fois plus mal. Un jour, j’ai rêvé qu’elle accouchait de mon deuxième corps qu’elle cache en elle. J’ai cru me réveiller de dégoût instantanément. Mais il y avait devant moi ce truc visqueux, les yeux sans vie, la peau blanche comme mon cul, un visage étonnamment identique au mien. « Qui et où suis-je ? », je lui ai dit. « Toi, je ne sais pas, mais moi je suis enfin dehors ! ». C’est après cette nuit-là, mec, que justement j’ai décidé de ressembler à Marilyn Manson. Je me cacherais un peu moins. Et tu sais quoi, mec ? Maman va mieux maintenant, ça l’a rassurée. Rien de mieux qu’une maman qui va bien, mec !…

Faut dire, si je me cache, mec, c’est qu’on me cache tant de choses. L’autre coup, un copain m’a dit sur le banc de la cour : « Tu connais le point G ? ». « Oui ! », j’ai menti de toute ma superbe. Mais qu’est-ce que c’est encore que cette histoire de point G, mec ? Maintenant j’enquête et je vois le rapport partout. Mon père et sa messagerie Gmail ; mon père, encore lui, qui s’appelle Guillaume avec un G ; ma mère Julie avec un J… Ma prof de CP nous l’avait dit, c’est ancré en moi, mec : « Il ne faut pas confondre les lettres G et J, elles ne sont que cousines… ». Oui, mais cousines tout de même, mec. Et tiens, un autre argument : mon morceau classique préféré, c’est « Une larme » de Moussorgski. On me dit que le russe, c’est super difficile, mec. Alors pourquoi s’embêter à rajouter un G au milieu d’un nom qui serait déjà difficile à prononcer sans ? Étrange, mec, non ? Moussorgski, du coup, on dirait le cri d’une bête. Avec tout ça, je progresse, mec, et j’ai l’impression de bientôt toucher du doigt ce mystérieux point G. Mais je continue tant que le but n’est pas atteint. En ce moment, pour me venger de rien, je harcèle souvent mon père de la même question : « Papa, peux-tu me parler du point G ? C’est ça, ou je regarde un dessin animé… à toi de choisir, mec ! » Un petit dessin animé plus tard, je reviens à la charge. Si bien qu’il a fini par me dire ceci : « N’en fais pas toute une histoire, ce n’est qu’une lettre parmi tant d’autres. Et rappelle-toi qu’elles vont jusqu’à Z… ».

Pauvre papa, pauvre maman, pauvre France, pauvre MoussorZski !

Cet article a été publié dans Saison 4 (2018-2019). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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