Élastique sur son lit d’église, de slips et autres culottes

Book of Catholic Church Liturgy

Évidemment, une église qui se tend comme un élastique ne se conçoit que dans les détails. Une église ainsi proche de sa propre rupture ne peut l’être devenue par la seule force du Saint-Esprit-Amen.

Les regards s’y sondent tout d’abord les uns les autres avant de se concentrer sur les choses pratiques :

« Ouh, celui-là a été fini à la pisse… »

« Remarquez, l’âge lui va bien ! »

« Oui, vous avez raison, les rides apaisent sa laideur originelle… »

« Finalement, son père n’y avait peut-être mis que la dernière goutte ! »

Le violoncelle que crachote une enceinte de piètre qualité lance le besoin en tragédies :

« Quelle est la mauvaise nouvelle du jour ? »

« Désolé, il n’y en a pas ! »

« Mis à part le fait que nous soyons tous ici réunis… »

« Je pensais plutôt à une mauvaise nouvelle à laquelle personne ne s’attendait… »

« Oui, cela doit bien exister, la Fernande nous en trouve toujours une ! »

« Oui, mais… »

« Quoi ? »

« La Fernande s’est cassé le pied… »

« La voilà la mauvaise nouvelle, la Fernande n’est pas là pour nous en trouver une ! »

« Je ne comprends pas, déjà la semaine dernière… »

« C’était l’autre pied ! »

Puis notre sacristain s’y met, aucun ne le regarde, personne ne le regarde, les mains se maintiennent aux missels, les bonnes gens ne tiennent debout qu’à la seule force du livre fermé, parce-qu’ouvert, c’est pas pareil, il y aurait de quoi réfléchir, de quoi se poser des questions, alors on prend garde de ne pas écouter non plus le sacristain, les nouvelles venues du Ciel ne sont pas celles de la Fernande, elles sont pleines d’espoir, il est vrai que, là-haut, à part nous casser les pieds, Il ne se casse jamais les siens. Alors on reste bien assis, bien ancré dans sa sueur, dans son slip, dans sa culotte, qui ne tiennent eux-mêmes qu’à la seule force de leur élastique.

Debout devant le cercueil de la Grand-mère, la famille regarde la ligne ininterrompue de slips-culottes qui opinent du chef au moment opportun, la famille regarde sans voir, vous êtes un missel à votre tour, la page de couverture lorsque vous présentez condoléances, la 4e de couverture lorsque vous repartez, la famille devant la dépouille lit quelques commentaires sur votre dos, des souvenirs de commentaires, des mauvaises nouvelles qui vous concernent, car l’élastique tendu rameute les souvenirs et la voix aigre de la Fernande, la famille n’a que faire du développement en vous, elle rit face aux yeux figés de la Grand-mère, vous enserre mentalement comme un missel avec un élastique épais, vous range sur l’étagère de l’indifférence.

L’église exerce sa détresse jusqu’au cimetière, les joints friables entre les pierres du mur, ce sont ses enfants, démunis, râpeux et râcleux sous vos doigts, la Tante devant la mise en bière, c’est son incarnation, chez elle, tout est tendu, les étoffes par les grossesses successives, il est étonnant qu’on l’appelle la Tante, on ne lui connaît aucun frère, aucune sœur, et elle a tant d’enfants bien à elle, 17, 18, on hésite, de qui est-elle la Tante ?, mais regardez, la Tante a son goitre qui frémit, sa gorge qui roucoule, ses sanglots gonflent tout son corps par secousses comme un pigeon, un gros pigeonneau, la Tante n’a pas d’élastique, non, c’est un train qu’elle n’a jamais pris, celui de la modernité, dans son vieux wagon toujours à quai devant sa maison les culottes n’existaient pas, il fallait accueillir et expulser, il fallait accoucher comme on respire, à fréquences régulières sans aucune raison de continuer, la Tante va rompre aujourd’hui, elle est l’élastique désormais, le cercueil vient d’être déposé, la Tante ouvre la bouche et l’élastique projette un cri dans les airs, un cri que tout le monde aperçoit, levant la tête, avant d’entendre :

« Ne voyez-vous pas qu’Il est là ! »

Le cri vient décanter maladroitement depuis là-haut sous la forme de molécules légères sur les crânes, chauves pour certains, vides pour tous. Tous interrogent la nouvelle substance sur leurs sommets, tous s’y grattent pour s’en oindre, tous se découvrent un peu d’esprit avant, dans un même élan chacun depuis sa position, de se tourner dans ma direction pour me regarder.

Je suis la mauvaise nouvelle.

Cet article a été publié dans Saison 4 (2018-2019). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Élastique sur son lit d’église, de slips et autres culottes

  1. atelierlel dit :

    Etrange mise en garde…

    J'aime

  2. atelierlel dit :

    Monsieur est susceptible ?

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s