Traces d’effluves

 

Je caresse l’espoir d’observer un évènement crudulent sur la place de la Calade, en caressant du doigt le papier gaussé et coloré de mon cahier d’écriture.Rien ne vient alors-que le soleil ne se réverbère pas sur le sol de pierres taillées, ni sur la façade lisse du théâtre de Nîmes. Sa verticalité crue accueille cependant une série de fenêtres qui ne sont pas, ou plus, à meneaux. Il n’y a pas de moineau mais seulement un couple de pigeons. Chacun est posé sur un chapitre de fenêtre bordant la place géométrique et vide de soleil.
Le rhume est là, bien installé dans mes sinus, comprimant ainsi toute tentative cognitive cohérente. La tête des pigeons s’enfonce dans leurs corps granitiques et gonflés à l’hélium. Le décor prégnant de la ville gardoise se pare de grès et de calcaire. Les volatiles attendent la nuit dès 18h41, collés contre le mur du théâtre qui avait dû réfléchir des kilomètres de calories tout au long de l’été caniculaire.
Un afflux de véhicules à deux roues, certains municipaux et violets, d’autres motorisés et bruyants, vient rompre le silence habituellement chaud de la place.
Dans le renfoncement, face au théâtre, se love une voix veloutée et féminine. Elle sort du café aux trois A où se dégustent des ballons de blanc, peut être secs ou bien moelleux, c’est une question.
La terrasse du café interrompt une ligne d’arbres citadins en forme de buis. Leurs feuilles se dessinent comme celles du laurier de Camargue. Elles s’ouvrent telle une corolle face aux deux ersatz de cyprès en serpentin, trônant fièrement de part et d’autre des longues marches culturelles.
Une table de jeunes femmes s’anime au rythme de leur vie. Zara, Shakira, Instagram…des mots voletant et ponctués de rires en cascade à l’heure de l’apéritif qu’elles boivent sans alcool.
19h05. Un jeune homme capuché et survêté marche sur le pavé faisant fi de ses lignes et du regard des écrivains s’essayant à la description des non évènements de la place. Deux chiens attachés l’un à l’autre tournoient autour de deux chevelus, l’un brun, l’autre blonde, rouge et cuivrée. Cela aurait pu être un reflet mais le soleil n’était pas là à 19h08.
Le serveur leste et silencieux se déplace gracieusement autour des tables avec sa semelle en polymère qui pourrait être de chez Nike. Mr Gilles est accueillant.
Le silence parsemé de la résonance de quelques voix tente de céder la place à l’heure festive des retrouvailles amicales, mais un mardi soir, le rythme de la ville conserve ses droits de tranquillité.
19h18. Les projecteurs vont bientôt s’allumer.
19H19. Le relief de la façade où s’appuient histoires, contes et danses se souligne sous l’éclairage. Les femmes de l’affiche 2018 se meuvent et semblent s’embrasser sous les feux du tire bouchon de Miro qui se prend pour une signalétique de la circulation. Rouge et vert clignotent comme le font parfois les chevelures des jeunes gens, mais le chaland tranquille s’affirme accompagné d’un chien ou d’un sac à dos.

Je ne peux épuiser la place de la Calade. Chaque passant transporte son monde dont les effluves regorgent d’histoires et de couleurs, en creux ou en bosse, sans compter la mémoire de la pierre s’offrant aux variations lumineuses. Mon rhume écrase mes méninges contre la paroi crânienne. J’abdique.

Cet article a été publié dans Saison 4 (2018-2019). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Traces d’effluves

  1. guidru dit :

    Il y a souvent l’heure affichée dans tes écrits, même si ton tempérament que l’on retrouve dans ton écriture t’amène plutôt à éclater les événements de manière non-linéaire. Une tension super intéressante se fait alors. Joli texte, jolie môme !

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