En avoir ou pas

En guise d’obscurité, on m’a livré du noir, un noir absolu pour m’appréhender.

J’y vis comme sur un fil : les limites entre le reste et mon corps étant ce qu’elles sont, visuellement absentes, j’oscille entre les deux extrémités de ce fil.

Parfois, je ne suis pas plus qu’une molécule parmi d’autres, si bien que, transférant, induisant à partir de moi, je prête à toutes les autres molécules une intelligence suffisante pour qu’elles puissent entretenir un monologue avec elles-mêmes identique au mien. Mille milliards de mille molécules amplifient finalement mon monologue, un boucan sans nom auquel je mets fin en me palpant, ce qui me permet de constater que je suis plus que moi-même, que je suis des jambes, des bras, une langue pour parler si l’envie me prend de converser avec moi-même. Évidemment, je m’en empêche pour pouvoir quitter cette extrémité.

À l’autre extrémité du fil, je suis le Tout, il n’y a que moi partout et tout le reste est à l’intérieur, je déduis de moi-même tout ce qui est. Ne supportant la moindre responsabilité, je dois alors les évacuer toutes et j’agite mes bras en tout sens pour sentir l’air autour de moi qui me résiste, qui n’est pas moi. Et pour sortir ces choses qui éventuellement se seraient dissimulées en moi, je pète par mesure préventive.Et l’ambiance se réchauffe spontanément.

Heureusement, depuis peu le fil s’est lesté en son milieu, ce qui m’assure une certaine stabilité. Un jour que j’appréhendais mes limites épidermiques en faisant cheminer ma main, je remarquai, outre quelques légèretés duveteuses à certains endroits, des zones à forte densité en d’autres, capables de renverser le monde, de le faire basculer en déplaçant son centre de gravité. Mes couillons notamment, après quelques pressions de mes doigts, accrurent leur importance relative, et il est important de signaler qu’ils le firent d’eux-mêmes, à tel point que leurs dimensions augmentèrent de manière dramatique.

Je me mets en position du lotus, je pose mes mains sur mes couillons, ceux-ci gonflent suffisamment pour former un comptoir devant moi sur lequel je m’accoude en paix avec moi-même puis quelques minutes, si ce n’est des heures plus tard, je me réveille la tête posée sur leur matière à mémoire de forme. C’est tout bonnement simple, voilà ce que je dirais si l’on me donnait l’occasion de mettre la lumière sur mon obscurité, d’en faire une certaine publicité : « Il n’y a qu’un seul enjeu ici, espèce de couillon, réussir à aménager un nid au creux de tes couillons ! »

Depuis quelques temps, je remarque cette fente de lumière qui apparaît parfois au loin. Au loin car elle semble de dimensions réduites alors que je suis certain qu’elle ne l’est pas, au loin car mes couillons, preuve définitive, immenses comme ils sont, n’ont pourtant jamais réussi à l’atteindre depuis ma position. Une seconde après son ouverture, un regard s’y manifeste et une langue incompréhensible s’y exprime. La lumière de l’autre côté y semble aveuglante et le regard est obligé de s’accoutumer à mon obscurité avant de se poser sur moi et s’empresser de refermer la fente.

J’ai pensé un moment avoir trouvé un moyen de quitter l’obscurité : m’approcher de la fente au plus vite dès lors qu’elle s’ouvrirait car je suis persuadé que, vue de près, elle a des dimensions suffisantes pour laisser passer mon corps. Mais c’est sans compter mes couillons qui s’y coinceraient derrière moi et toqueraient vainement ses montants. Ces lests m’attachent ici et il est certain que je devrais m’en séparer si je voulais sincèrement caresser l’espoir de m’échapper. D’ailleurs, il est certain qu’aucune fente, si certaines par exemple se mettaient à apparaître, ne pourrait laisser passer mes couillons. Mes couillons ont les dimensions des rêves. Voici donc mon choix : m’échapper ou dormir du sommeil du juste sur mes couillons préservés.

C’est du moins ce que choix était jusqu’à il y a peu car le regard s’est intensifié avec le temps et il a fini par dessiner autour de lui les traits d’une jolie compagne, avec toutefois un corps tout autant indéfini que le mien dans cette lumière infinie qui semble le baigner. Il est certain que, dans un tel environnement, cet être a dû développer un type de lest identique au mien, pas identique en soi, mais en sa qualité de lest : des gros couillons pour moi, de bons gros seins pour ma compagne. À tout bien considérer les choses dans cet hypothèse qui n’en est pas une, qui est une nécessité, une certitude, mon sommeil serait garanti de la même manière sur ces seins que sur mes couillons. Les choses ne se soustraient donc plus comme avant, il n’y a plus à retrancher mes couillons, il est heureux qu’elles me fassent même la promesse de s’ajouter : derrière la fente traversée, j’aurai l’amour et le sommeil, les deux sur cette immense paire de seins. Et maintenant, le temps ne file plus entre mes doigts, je le vois défiler, je dois faire au plus vite pour empêcher ma compagne derrière la fente de couper ses gros seins car elle a sans nul doute l’intention elle aussi de traverser la fente pour venir me rejoindre.

Il faut donc que je me trouve avant elle un objet contondant pour me retirer les couillons.

Cet article a été publié dans Saison 4 (2018-2019). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour En avoir ou pas

  1. guidru dit :

    Et, au fait, on est où du livre collectif de la saison 2017-2018 ?

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