Extraction difficile

002Elle farfouille au fond de sa besace en cuir vieilli, celle qu’elle jette machinalement sur son épaule à chaque nouveau départ.

À l’aéroport, sur le quai de la gare, sur les chemins de campagne, dans les ruelles du centre-ville, au troisième étage de l’hypermarché de banlieue, elle plonge obsessionnellement un doigt, deux doigts, trois doigts puis la main entière finit par pétrir frénétiquement ses morceaux de vie jetés et oubliés là au fond de cette besace.

Des grumeaux de vieux Tickets de métro témoignent de la rencontre parisienne avortée l’hiver passé.

À chaque tentative d’extraction, l’échec , seule une poussière blanchâtre lui recouvre les doigts résidu d’un mouchoir fatigué d’avoir absorbé les larmes et la poudre snifée après cette rencontre avortée.

Le portillon restera désespérément fermé, elle souffle comme elle a toujours soufflé et comme elle soufflera demain, dépitée de ne parvenir à les déterrer à la première tentative.

Elle abdique, s’adosse au muret en pierres sèches et termine son café froid pourtant contenu dans son Thermos rouge et noir.

Le dernier baiser, le dernier lacet, la dernière larme à essuyer, le dessin vite griffonné à emporter, la promesse de l’accrocher ont eu raison de la chaleur du café qu’elle s’obstine à transvaser dans le Thermos.

Ces tâches s’accomplissent bien malgré elle, elle exécute machinalement ce qu’elle doit faire.

Les maux de ventre s’installent à la moindre arythmie bouleversant cette mécanique quotidienne alors à la première plongée l’échec lui donne la nausée.

En revanche en cas de réussite, elle les reconnaît immédiatement , ressentant ce frisson étrange provoqué par la rencontre fortuite de la peau et du métal froid, les doigts s’agrippent, la main se referme et les délivre, condition de sa propre délivrance.

Ce matin les doigts sont orphelins, la main gelée porte à ses lèvres seulement un café froid, plusieurs fois la main avait plongé mais la rencontre n’avait pas eu lieu, à peine un effleurement.

Sans que sa propriétaire n’y prête attention la main tente encore et la rencontre enfin a lieu: ces putain de clés sont là, le portillon s’ouvre, les épaules s’affaissent, le pas s’affole. Elle n’est plus là.

Cet article a été publié dans Saison 4 (2018-2019). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Extraction difficile

  1. FabaFalbala dit :

    Plongée réussie vers l’angoisse du sac à main… j’en ai des noeuds dans le ventre !

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