Mise à bas ordinaire

litElle sent glisser un filet d’eau tiède le long de sa cuisse, il neige encore dehors.

Elle persiste à plier le dernier pull resté au fond de la panière le regard fixé sur le téléphone gris posé sur la cheminée.

Elle fait quelques pas, mécaniquement  décroche le combiné, pianote le numéro qu’elle avait noté et pris soin de glisser sous l’appareil  le soir où elle avait appris.

Valise à la main, elle ferme méticuleusement sa porte d’entrée et descend les trois étages qui la séparent du véhicule.

Sans adresser un mot au chauffeur, elle s’installe à l’arrière, lui tend un papier froissé sur lequel est griffonnée l’adresse de sa destination.

Elle colle son nez à la vitre arrière gauche et se laisse happer par les les lumières de la ville, assourdie par le bruit du moteur et éblouie par le dernier lampadaire de l’avenue Ronsard, elle peine à reconnaître l’immense bâtiment devant lequel l’homme la prie de descendre.

Au comptoir, elle vide ses poches.

Se tordant de douleur elle peine à entendre le lieu indiqué par cette femme qui la soutient.

Elle trébuche, s’accroche à la rampe et ouvre enfin la chambre 1602.

Au centre de la pièce un lit métallique, elle s’allonge, écarte les cuisses, serre les dents et les poignets de fer mis à sa disposition.

Un cri, deux cris, un hurlement… un cri, deux cris, un hurlement… qui se répètent.

Le silence enfin.

Elle desserre les dents, regarde la femme entre ses cuisses ensanglantées qui extirpe sans un mot un bruyant morceau de chair qui semble bien sortir d’elle.

Après  lui avoir essuyé  le front la femme emporte l’enfant dans un drap blanc.

Elle tend immédiatement son bras vers la table de chevet qui est disposée à  la droite du lit métallique, prend le stylo, et signe le document comme le prévoit le règlement de la clinique.

Elle refait mécaniquement son chignon défait pendant le travail, s’essuie  l’intérieur des cuisses avec le drap déjà souillé.

Valise à la main, elle rejoint l’entrée de la chambre 1602, longe le couloir et reconnaît le véhicule stationné sur le trottoir d’en face.

Elle grimpe à l’arrière et se laisse  bercer par le bruit du moteur et les lumières de la ville.

Cet article a été publié dans Saison 4 (2018-2019). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Mise à bas ordinaire

  1. atelierlel dit :

    Brrrrrrrrrrr ! Glaciale, la chambre 1602. L’étirement du silence à son paroxysme !

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  2. FabaFalbala dit :

    La chambre 1664 est beaucoup plus festive ! 🙂

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