Dans le creux du mur

imagesCe matin je me suis levé couvert de boutons. Pour mon bonheur la journée était déjà largement entamée. Le printemps exhalait ses premières fragrances rances de Jasmin en fleur.

Une mercerie sur pattes des genoux à la racine de mon cou, un minuscule étendard Japonais reproduit à l’infini sur un mètre carré de peau dépliée. Une ode aussi involontaire qu’inexpliquée aux kamikazes bridés.

Je ris jaune après avoir substitué le rosé au café. Je prends soin de moi, faut pas croire. J’enquête.

Mon hygiène corporelle ne me semble pas en cause même si je n’écarte pas chaque matin mes orteils afin d’y traquer les rares miasmes de mes chaussettes de lin en fil Ecosse.

Vivant depuis de nombreuses années sans rats après avoir quitté Calcutta et la porte de La Chapelle, j’élimine d’office la peste. Une piste obsolète depuis 1920 en Gaule et plus précisément à Massilia d’après les entomologistes certifiés.

 Par association d’idées, de La Gaule en MST je franchis le pas avec allégresse.

Dans qu’elle vulve ais-je trempé ma nouille rasée de près pour la dernière fois. Je précise cette glabréité entretenue chaque semaine pour souligner encore une fois mon souci hygiéniste. Ma fille est arachnophobe ; depuis la fin des années 70 je suis phobique des poux après un cuisant souvenir issu d’une lingerie automatique de la banlieue Nord de Lutèce. Chacun son truc.

Ce vagin est irréprochable, j’en connais la propriétaire depuis quinze ans. Elle y attache grande importance dans ses intermittences. Chaque éruption cutanée de sa peau troue le déficit de la sécurité sociale. Si je n’écarte pas ses cuisses chaque quinzaine, j’écarte l’hypothèse d’un projet de baise, par souci prophylactique.

 Je retourne me mirer dans la glace en pied.

Peste, MST, out. D’out à aoutas il n’y a qu’un pas. Je ma suis vautré il y a quelques heures dans un champs tondu de près à quelques encablures d’une riante bourgade Cévenole à la recherche de mon petit moi au fin fond d’une caverne métaphorique. En descendant les escaliers vers mes origines je me suis cassé la gueule, incapable d’atteindre le no man’s land révélateur. Le chamane était trop bavard, ma voisine trop rigolote. Après un repas frugal de graines, j’ai rejoins mon tipi pour une transe Amérindienne au son de tambours envoûtants. Après deux heures d’hyperventilation on s’est couché les uns sur les autres pour récupérer de nos pulmonaires efforts. La dense promiscuité a conduit ma tête (sur son invitation) entre les cuisses d’une jeune femelle brune en tenue léopard. Ma nuque se soulevait au rythme de sa respiration ; sa main sur mon large front populaire. Je me retenais de la frotter à l’écoute du Chamane Alsacien. (Ni hommes, ni femmes, oubliez, nous sommes au-delà des genres, juste humains, dans l’amour spirituel du prochain). A la fin elle m’a demandé de la tirer pour la relever. J’ai ravalé délicatement ma langue. Je vieillis. Si tu savais jeune donzelle. Quelques heures plus tard elle embrassait un barbu hirsute alors que je dégustais un tchai à la cardamone. Cette salope m’aurait-elle contaminée de ses puces lubriques ? J’en appelle à ma mémoire olfactive, elle sentait bon le Chat machine, l’assouplissant, ses longs ongles nacrés aussi soignés que la culotte d’une jeune mariée Scandinave. J’écarte cette solution par expérience et un zeste de lucidité que me confère mon moyen-âge avancé.

Bref. Revenons à nos boutons. Peste, maladies sexuellement transmissibles, effet de transe pour microcéphales attardés, macache Bono comme dit mon copain Arménien Abonescient. Arménien d’Erevan il n’en est pas moins pragmatique : va sur la toile, prends ta loupe, compare et va voir le doc. Après quelques feuilles de vigne sous vide partagées sur la toile cirée offerte par maman et deux bouteilles d’un rouge improbable mon ami est retourné tailler des costumes rayés pour des zèbres nostalgiques.

Le doc est en vacances et se fait bronzer la couenne sur la côte Amalfitaine, les dermatologues coulent sous les prurits et sont bookés jusqu’en juillet.

Merde, je veux bien financer tous les services publics, les mutuelles, les complémentaires santé, la CSG, la RSCG, le RMI, le RSA, la CMU, le RSI, les APL mais mes boutons les services publics s’en foutent. Me faire jeter des urgences à juste titre ne m’apparaît pas judicieux. J’ai encore une éthique de gauche bien rangée, conscient des priorités des personnels hospitaliers.

Je confesse : entre mon éthique et ma trouille de me retrouver des heures dans une salle d’attente décrépie entourés de gueux lisant au mieux « femme actuelle « de Février 2005, leurs miards hyperactifs gueulant malgré la fièvre est largement au-delà de mon supportable. Je ferai avec ou plutôt sans.

Après un appel à maman bobo et quelques recherches sur Doctissimo.fr j’apprends de mes puériles maladies. Rubéole, roséole, varicelle, cutanées éruptions, vaccins et rappels. Maman s’inquiète encore malgré mon jeune statut de retraité. Je coupe court la conversation de peur d’alimenter d’avantage mon éruption après quelques nouvelles de ses genoux.

Je glose, je glose dans l’andropause. Je ne suis plus qu’une coccinelle albinos aussi stérile qu’un bloc opératoire. Je dois pour survivre me déguiser en souvenir au creux d’un mur aux plantes saxicoles. Sans cagoule ni hidjab. Incognito, me fondre au cœur de la ville, ni vu ni connu, un passe muraille immobile dans l’attente d’une rémission cutanée. J’arpente la ville de nuit à la recherche d’un trou minéral où me terrir. L’évidence crève l’écran de mes nuits noires au fil de mes déambulations. Je bute sur les arènes à chaque aurore. J’observe la courbe du soleil, ses ombres. J’arrête mon choix sur une niche orientée à l’Est. Les passants, yeux mi-clos de la fatigue de la nuit, d’insomnies, d’ébats nocturnes, d’examens à venir me rendront aussi invisible que Belphégor. Mes concitoyens vaquent vers leur gagne-pain, vers d’obscurs ateliers, salles de cours décrépites, open space aseptisés, hôpitaux surchargés ; les yeux rivés aux trottoirs afin d’éviter les matutinales déjections canines. Les plus chanceux guideront leurs pas vers   un de formule 1, un hôtel deux étoiles, chiottes et douches intégrées, vu sur cour, parking gratuit de cinq à sept. Aucun ne lèvera ses yeux au-delà de son horizon habituel. Je serai quiet dans ma niche millénaire.

Fondu dans la pierre, je pense. Pour réfléchir il faut être deux par définition ; donc je pense.  Au crépuscule je déplie mes longues jambes velues et contemple l’évolution de mes boutons. Ils glissent vers le bas ce qui me rassure même si je ne suis pas en extase face à mon visage. Mes genoux sont douloureux.  Je ressemble de plus en plus à papa.

 Je me suis longtemps interrogé sur ma filiation. Aujourd’hui je ne doute plus.

Ali m’approvisionne en eau minérale la nuit venue. Ali est mon reflet. A la lumière de sa torche il scrute mon crâne, décolle mes oreilles, palpe ma gorge, tague mon torse de signes cabalistiques soulignant propagation et recul de mon fléau. De nature optimiste il repart serein arroser ses tomates Russes.

Vivre incognito en hauteur présente quelques avantages. Je peux pisser à volonté sans risquer de me voir pénaliser pour jet d’urine sur la voie publique. Ayant purgé mes intestins de façon préventive et ne mâchouillant que quelques radicelles anémiées je suis soulagé de tout embarras. Entre les sirènes des forces de l’ordre je perçois quelques râles le plus souvent d’origines féminines ce qui accroît ma détermination à vivre caché.

JM.V

 

 

 

 

 

 

 

Cet article a été publié dans Saison 3 (2017-2018). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Dans le creux du mur

  1. guidru dit :

    « Vulgarité et élégance, cloaque et fragrance, félicité et violence, prose et… poésie, aïe !, c’est qu’un moment les rimes nous font défaut pour rendre hommage aux affreux mélanges de ce Vilmin, putain, quel écrivain ! »
    Guimauve Châtelaine, in La Nique aux Idées

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