Parfum de vide

hd-abstract-wallpaperCrocodile : Entre chacune de ses énormes dents, un petit espace vide. Entre la mâchoire supérieure et inférieure, une cavité. Entre ces vides il n’y a pas tout à fait rien. De l’air… même quand il cessera de respirer, de l’air, chargé, lourdement chargé. Molécules odoriférantes, minuscules, excitées à l’idée de se répandre, voyageuses elles se glissent sous la porte. Armée conquérante, elle enfle, s’approprie le vide en flux puissant, victorieuse, envahit les territoires, chaque cavité, pénètre les narines, les poumons, les bronchioles, l’espace entre chaque cellule. Elle : Entre ses côtes flottantes les espaces vides se remplissent. Elle respire le vide du crocodile, elle le sent, pire, il s’installe en elle, se répand entre ses atomes. Du vide, du vide, partout du vide et ça commence à puer partout. Nez, poumons, cœur, cellules grises, synapses, bile, moelle osseuse, estomac, vagin… sous les ongles aussi, derrière les oreilles, elle le sait, derrière chaque atome de sa chair se cache du vide. Le crocodile en profite. Il s’immisce, il est là, il souffle son haleine fétide, il traverse toute matière, prend possession d’elle, le vide n’est plus si vide, elle le sent. Elle est pleine maintenant. Force fétide. Entre chacune de ses petites dents blanches les espaces en sont habités. Elle pourrait mordre sauvagement la puanteur, retrousser les lèvres. Un râle monte du fond de sa gorge pleine du crocodile, ses ongles s’enfoncent dans l’odeur du crocodile, sous sa peau circule le sang vicié du crocodile. Elle n’étouffe pas, elle respire comme lui. Ça pue l’attente en expansion et l’envie de mordre le vide, mâcher cette sale odeur, s’en repaître et lâcher un rot caverneux surgi des entrailles satisfaites du festin. Elle rote et l’air se charge davantage. Le crocodile le respire. Il la respire, elle, à travers la porte fermée. Bouche à bouche, gueule à gueule, ils se rejoignent dans un baiser de souffle partagé. Parfum d’unité.

F.P.

Cet article a été publié dans Saison 3 (2017-2018). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Parfum de vide

  1. guidru dit :

    Fallait bien que ça finisse comme ça entre vous deux, entre le crocodile et toi, dans un « parfum d’unité » pour l’éternité… Punaise, tu vis une sacrée histoire d’amour, très créatrice, je suis jaloux !
    Lorsque la première portée sortira, tu me réserveras un petit ?

    Aimé par 1 personne

  2. FabaFalbala dit :

    T’es sûr ? C’est mignon tant que ça n’a pas encore de dents tu sais…
    Merci pour ton envie d’adoption, je suis touchée !

    J'aime

  3. atelierlel dit :

    Ah, le crocodile quantique, c’est merveilleux ! Un mythe nouveau, un mythe nouveau !

    Aimé par 1 personne

    • FabaFalbala dit :

      Ne te réjouis pas trop… car avec la révolution quantique mourra l’écriture littéraire ! Nous serons littérature ! Notre Etre incarnanera le grand Tout dans l’infiniment petit, fractale absolue, nous serons Présent Passé et Futur, nous serons tous les hommes et toutes les femmes en même temps ! Quel besoin de les raconter alors ? Quel besoin d’explorer par le verbe ce qui sera donné par le ressenti dans une extase absolue ? Prions mes frères et mes soeurs d’écriture, sa dernière heure est proche… Amen

      Aimé par 3 personnes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s