La déprave

Des « amuse-gaules », qu’y disent à la va-vite, ici chez eux. Les dépravés, ah oui !… Ils sondent leurs performances, et bien plus… On les croirait finis de leurs émotions, aussi vrai que leur corps sent la surchauffe et la biture incessante. Poum, bada boum !…

Une verbête vient de crasser dans la bataille, une « amuse-gaule » mal effectuée et la madone s’est rompue l’eau. Et les voilà, les dépravés, qui s’emmarrent, ils en vont de leur bécil’té jusqu’à plus pouvoir. Mais s’ils savaient, que les symboles rôdent, que c’est leur vie qui explode de tout son long bien vite devant leurs yeux, un long bestiau bien fragile, un long serpent mais cette fois avec pleins de verbêtes et y en a déjà tas de brisées.

L’un d’eux sort, tiens. Sur le bitume, il a le goudron malgré lui. « Ach, ma vie, ich liebe dich ! Et pourtant, tu m’en auras fait faire… Quelle traînée, ma vieille…“ Oui. Il en a oublié sa jouvence, celle où il sortait en apparat, peu sûr du résultant et bien pas bien dans sa proue. Y ne se souvient plus, ou moins, de ses qu’on bat avec Gott, de la moelle de ses raisonnements, de sa logique. Il en allait de l’honneur des plus grands, de l’Héraclito, des mi-dieux donc, de la mort des qu’en dira qui de Dieu incessants, de lui et ben des aut’ aussi…


Un baleinier, la queue en berne, arrive à point. « A bon porc, salut !… » Qu’y dit, notre héros en quête d’amabilité. Les dépravés, frétillants, sûrs à nouveau dans leur vie, sans réponse à sacrifier à la nouveauté, ou alors en aparté : « Panne rien, çui-ci, hou, l’a la queue d’un goujon entre les cuissots, nous prend pour des poissons avec son minuscule appât ?Ah ah ! »

Le baleinier n’a pas plus qu’énorme envie de discugrailler autour d’un bon plat, pas d’en découdre, si bien que, les apartés à part lui, c’est parti au comptoir du lieu : « Voyez un autre héros que moi ? Alors votre meilleur plat, matrone ! », « A pas ? Bien, bien, votre plus détestable, ça ira ! », « Pas plus ? Quelqu’un à qui parler, l’intrigue l’exige ! », « Lui ? Y a seulement lui ? »

Y a seulement moi…

Y a seulement moi, la parole à l’envers d’avoir tant parlé droit à ma jeunesse, réaction du corps, du cœur,

jamais su,

simple à comprendre que les nécessités d’une intrigue me font reculer dare en tête s’il est question de m’y faire m’exprimer.

« Reviens, suis baleinier comme t’es muet, que d’apparence, mon pitit. Tiens, mate mon goujon, ton dare à côté, c’est du thon ! »

Suis pas né du Déluge, je reconnais du premier coup l’affreuse tête de la déesse Flatterie, même les cheveux mouillés.

« Pitit, certitude, en voici une : toi, t’es pitit à raffoler des confidences ! Me trompé-je, pitit ? Hum ? »

Yeux qui projettent votre ego contre le mur derrière dans un bain de sens, associés à langue suave, tout ça, c’est rien que manières à revoir et abandonner, mais… quelles autres connaît-on sous le ciel ? Comment argumenter ?

« Des intrigues, pitit ? Des secrets, pitit ? Vers quoi penches-tu ? Pitit, une révélation ? Une révélation, voilà qui !.. »

« Pitit, preste-toi vers moi, ou le remords, ou le désespoir, ou d’autres pires, qu’est-ce t’y gagneras à tout ça ? »

« Pitit, le baleinier a toujours déçu son monde, il a la robe qui fait le métier, le physique qui fait profession, mais il est pas baleinier. Je te parle pas de la crue déception des femmes devant son Minuscule, non… Pitit, suis juste militaire en mission, toujours été, aujourd’hui le goujon amorphe au-dessus des roustons pour pas éveiller les soupçons comme une kalach… »

Dire que Bibi rêvait autant que les autres de cons, trous, fions, de toutes tailles de toutes rations… La Révélation lui pond un con de troufion.

« Les hautes autorités concluent, pitit, sent le fauve par ici, fosse d’aisance que ce lieu, disent-elles. Les femmes pompent, perdent leurs dents au mieux, les hommes rompent avant leur dernier état des lieux : quelles drôles d’ambitions associées à vos « amuse-gaules » ! »

« La Nation, pitit, la Nation en toute hypothèse ! »

« Les hautes autorités agissent, pitit, jamais elles-mêmes. Qui d’autre que ton baleinier ? »

« Ce soir, pitit, finie « l’amuse-gaule », vive le « saute-mouton » ! »


« Mains en l’air, tous les dépravés, surtout ceux qui se méconnaissent ! Devant quoi ? Écartons mon goujon, soulevons les roustons, qu’y voit-on ? Oui, en miniature, de jolies bombes à neutrons, dissimulées avec discrétion au moyen d’un chatterton ! »

« Bande de moutons, alignés en rangs serrés, drôle de romantisme au bout du gland, les quatre fers à terre, le corps amer dans la fange, on se délasse dans le vice comme sinequanone condition pour signer auprès de la vertu sa reddition ? De qui se moque-t-on ? »

« Sur le champ, les madones, abandonnez votre condition ! Quant aux dépravés, pitits moutons, chacun sa bombe dans son fion ! Oui, oui, en position, et hop !, l’introduction ! »

« Et toi, pitit, fus bien le seul à pas avoir perdu ici raison, à pas l’avoir cédé à une vaine révolution !… »

« La Nation, pitit, la Nation… »

Le baleinier presse à la base du goujon là où qu’se niche un bouton, éclate un feu d’artifice dans tous les recoins du lieu, repeint instantanément jusqu’à ses plus hauts sommets, à la retombée, une paire de couillons s’étale sur mon front, obscurcissant ma vision, une moitié de crâne alunit sur le haut du baleinier, enfin le vrai visage de la Nation :

« … en toute hypothèse ! »

« Pitit, je crois bien que c’est ton moment pour sortir ton son, adouber ma vision, celle de la Nation, sinon… »

Pas à dire, la rigueur militaire vous donne un sacré flair, s’agit de lever un bras en l’air, de choquer ses pieds à terre, de laisser faire :

« Baleinier, commandant Troufion, vive le « saute-mouton » ! »

G.C.

Cet article a été publié dans Saison 2 (2016-2017). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

13 commentaires pour La déprave

  1. granmocassin dit :

    Ce mélange de sophistication et de familiarité est détonnant, un vrai travail de style!

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  2. granmocassin dit :

    Et le titre, La déprave… Excellent!

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  3. guidru dit :

    Merci pour ces commentaires sympathiques ! Cela ne vous ressemble pas. Voulez de l’argent ?

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  4. granmocassin dit :

    Ayant épuisé le sujet du blanc de Meudon, de la terre de Sommière et autre aide-ménagère, je crois qu’on a pas eu d’autres choix que de parler un peu littérature.

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  5. granmocassin dit :

    Mais n’en profite pas pour te relâcher!

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  6. granmocassin dit :

    Et voilà, on aurait pas dû… Hier même pas venu.
    Je t’assure qu’on comptait pas te taper du pognon.

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    • guidru dit :

      C’était pourtant l’intention du Maître, clairement affichée dans un de ces mails…
      J’avais une obligation hier soir, bien entendu, je te promets de ne pas m’être relâché quant à notre grande cause.
      ça s’est bien passé hier soir ?

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  7. granmocassin dit :

    Oui, ça s’est bien passé, tu as manqué, on a laissé ta place vide sur le fauteuil rouge, par respect. Je te ferais suivre les thèmes du bocal si tu veux, je crois qu’il y en a un à toi, ça parle de chéri et de sadique, on en as déduit.

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  8. granmocassin dit :

    Tu as manqué une proposition alléchante (lécher une porte) et écrire pauvre (gratuitement)

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  9. atelierlel dit :

    Mais ce n’est pas tout, outre l’occasion manquée d’apprendre à remplir un chèque, tu as aussi manqué une fin d’année à l’Hannaba bien arrosée !

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