Vaseuse

algues-filamenteusesMa peau m’intrigue. Elle prend une teinte verdâtre, légère mais perceptible. Elle cherche à se fondre avec la masse qui l’entoure. Cette enveloppe, molle et chaude, est de cette couleur particulière qui teinte les bords de mer à marée basse, un mélange de vert fluo mêlé à quelque chose de plus sombre, algues ou vase, je ne suis plus très sûre. Ma peau devient celle d’un caméléon et la matrice qui me contient lui donne le ton, s’impose comme modèle. Il fait de plus en plus chaud. Mes chairs se ramollissent dans son écrin, en même temps qu’elles se colorent de façon plus intense, au point que je ne discerne plus très précisément mes contours, camouflés dans un bain vaseux. Je respire difficilement. Je risque de pourrir là comme une algue par trop de chaleur. Toute la surface verte que j’arrive encore à considérer comme mienne se couvre d’une fine pellicule glissante. De l’eau peut-être, ou bien est-ce la gangue qui crache son venin pour m’anéantir ? La viscosité ruisselle sur un de mes côtés, mais je ne saurais dire lequel tant il fait sombre à présent. L’enveloppe s’est collée à ma peau. L’espace se restreint et, au plus serré, je respire, interdite de rêver à autre chose qu’à l’immobilité.  Ça pue. Mes pensées garrottées se gangrènent. Ça pue vraiment. Ma peau envoie sûrement des signaux odoriférants pour éloigner l’enveloppe qui se resserre encore, brûlante. Rien n’y fait. L’odeur s’immisce partout, putride. J’étouffe. Il fait trop chaud, ma peau va craqueler, se racornir, se durcir en écailles qui tomberont une à une, ou non, plutôt devenir liquide, une flaque verte au milieu de laquelle se noiera mon squelette mis à nu. Le cocon assoiffé me boira, m’absorbera, me réduira à rien, rien que je ne reconnaisse. Ma peau change si vite. Elle fait son possible pour inventer du nouveau dans une lutte perdue. Elle finira par céder la place, n’arrivera plus à faire écran. Je serai alors livrée aux caprices de la matrice, contrainte au changement de couleur, de température, d’hydrométrie qu’elle m’impose. Soumise, écorchée vive, dévorée, petite boulette de chair faisandée.

F.P.

Cet article a été publié dans Saison 1 (2015-2016). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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